Olivier Père

Ça s’est passé en plein jour de Ladislao Vajda

ARTE diffuse Ça s’est passé en plein jour (Es geschah am hellichten Tag, 1958) de Ladislao Vajda dimanche 18 février à 22h30. Le film sera également disponible en télévision de rattrapage pendant sept jours sur le site d’ARTE. Cette curiosité absolue, très rarement diffusée en France, est à ne rater sous aucun prétexte. Coproduction entre la RFA, la Suisse et l’Espagne, Ça s’est passé en plein jour est un film policier pas comme les autres, écrit par le romancier Suisse Friedrich Dürrenmatt. Le film n’est pas une adaptation de l’un de ses romans. C’est d’après son scenario original que Durrenmatt écrira La Promesse (Das Versprechen) publié la même année que la sortie du film. Ça s’est passé en plein jour met en scène l’obsession d’un policier pour une affaire de meurtres de petites filles. L’action se déroule en Suisse, commence dans le canton de Berne et trouve sa conclusion dans le canton des Grisons, connu pour ses paysages alpins. Au début du film, un colporteur découvre le cadavre d’une fillette sur son chemin, en pleine forêt. Sous le choc, il avertit immédiatement la police. Cela ne l’empêche pas de devenir bientôt le principal suspect. Il échappe au lynchage des villageois mais subit un long interrogatoire de policier qui veulent lui extorquer des aveux, convaincus de sa culpabilité. L’inspecteur Matthäi, à quelques jours de son départ à la retraite, réprouve ces méthodes et croit en l’innocence du pauvre homme. Bien qu’il ne soit pas officiellement chargé de l’enquête, c’est lui qui a annoncé la mort de la petite fille à sa mère, et il lui a juré sur le Christ qu’il retrouverait son assassin. Une fois retraité, Mathäi va entreprendre une minutieuse et patiente recherche du tueur, et consacrer tout son temps à la traque du vrai coupable, grâce à un système de déductions allié à une méthodologie quasiment scientifique. La quête obsessionnelle de Mathaï, motivée par la promesse faite à la mère, s’apparente à une forme de folie. L’ancien policier n’hésite pas à mettre en danger la vie d’une autre fillette, utilisée comme appât, pour démasquer le tueur en série. Ladislao Vajda est un cinéaste hongrois qui a réalisé des films dans son pays natal mais aussi un peu partout en Europe entre les années 30 et 60. Son titre le plus célèbre demeure sans doute Marcelino, pain et vin (1955) tourné en Espagne, mais on serait curieux de découvrir son adaptation du Passe-muraille de Marcel Aymé réalisé en RFA un an après Ça s’est passé en plein jour avec le même acteur en vedette, Heinz Rühmann. La mise en scène de Ça s’est passé en plein jour est certes sans génie mais son caractère relativement passe-partout ne parvient pas à édulcorer le scénario fascinant de Dürrenmatt, son vertige métaphysique et ses zones d’ombres. Dans le roman Mathäi sombrait dans l’alcoolisme, la dépravation et la démence au cours de son enquête. Les thèmes de la contamination du mal, de la corruption de l’humanité au contact du meurtre et de la folie homicide, chers à Dürrenmatt, perdurent dans le film en filigrane. Dans le film, Mathäi est incarné par un acteur très populaire en Allemagne, Heinz Rühmann, souvent au générique de comédies familiales et de productions commerciales légères. Son physique lisse, à la limite de la banalité, apporte une certaine étrangeté paradoxale à son personnage. Le film se contente de suggérer sa folie mais la dernière scène, où il divertit une petite fille avec une marionnette, comme le faisait le tueur, assume son ambiguité. Aux côtés de Rühmann, deux grands acteurs sont remarquables dans des seconds rôles importants : Michel Simon, qui joue le colporteur malchanceux, et Gert Fröbe qui prête son imposante stature à l’effrayant « magicien ».

Cette première version de La Promesse à l’écran est beaucoup plus réussie que l’adaptation réalisée par Sean Penn en 2001, sous le titre The Pledge, avec Jack Nicholson dans le rôle de l’enquêteur.

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7 commentaires

  1. MB dit :

    ça fait envie merci

  2. Boombastic dit :

    n’existe-t-il pas un remake américain des 70s faisant froid dans le dos?

    • olivierpere dit :

      Le seul remake américain que je connaisse est The Pledge de Sean Penn. Il y a eu d’autres adaptations du roman : un téléfilm allemand (ou suisse?) en 1997 et une production européenne « The Cold light of Day » avec Richard E. Grant en 1994. Il y a peut-être un film américain des années 70 qui s’en inspire ou dont l’histoire est similaire mais je ne vois pas lequel… Des indices ?

      • Boombastic dit :

        je me souviens seulement d’un film faisant froid dans le dos avec « in broad daylight » dans le titre ou le sous-titre sur l’affiche… une histoire glaçante…
        conseillez-vous The Pledge de Penn?

        • olivierpere dit :

          In Broad Daylight (comme en plein jour) téléfilm de Robert Day sur un scénario de Larry Cohen avec Richard Boone ? ça a l’air glaçant (la vengeance d’un aveugle ou quelque chose comme ça) mais ça n’a rien à voir avec le roman de Dürrenmatt.
          idem pour un autre téléfilm de 1991 qui porte le même titre avec Brian Dennehy et qui a l’air très glauque.

          The Pledge : c’est peut-être son moins mauvais film grâce à l’histoire de Dürrenmatt et à l’interprétation de Jack Nicholson. Mais Penn gâche le potientiel énorme de son film avec une mise en scène boursouflée et une surabondance de ralentis et de surlignages musicaux grossiers, comme à son habitude. Et une farandole de guest stars qui devient ridicule et nuit à la crédibilité du film.

          • ballantrae dit :

            Etait ce si mauvais? A l’époque de sa sortie, je l’avais trouvé même assez bien notamment grâce à Nicholson.
            S Penn cinéaste est un cas curieux dès son point de départ vraiment hyperbolique ( on avait une impression de trop plein ) Indian runner mais il me semblait offrir par moments de vrais passages inspirés notamment lors d’une confrontation avec D Hopper.V Mortensen y était déjà très bien et préfigurait son évolution chez Cronenberg.
            En tout cas ce film de L Vajda (sans W!) est très, très intrigant et le texte de Durrenmatt comme souvent est magistral.

          • Boombastic dit :

            Je suis bien d’accord avec vous : Sean Penn est un très mauvais cinéaste ainsi qu’un comédien très surévalué. J’ai d’ailleurs entendu dire qu’il s’agissait également de quelqu’un de très mauvais. D’une très mauvaise personne.

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