Olivier Père

Drive de Nicolas Winding Refn

ARTE diffuse Drive réalisé par Nicolas Winding Refn en 2011, dimanche 18 février à 20h55. Le film sera également disponible en télévision de rattrapage pendant sept jours sur le site d’ARTE.

Avec Drive, Nicolas Winding Refn apporte du sang neuf au polar urbain, tout en jouant avec les références et les hommages cinématographiques. Le cinéaste transforme une intrigue de série noire en conte de fée moderne, et donne libre cours à une vision très personnelle du romantisme et de la violence. Le prince charmant de Drive est un cascadeur psychopathe et la princesse qu’il doit sauver, sa voisine mariée à un ancien taulard menacé par la mafia.

On assiste dans Drive à l’osmose parfaite entre un cinéaste et un acteur, une idée de cinéma et une idée de jeu. Nicolas Winding Refn filme Ryan Gosling comme un nouveau modèle de virilité à la fois séduisant et dangereux. Leur couple fonctionne à plein régime comme celui formé par Alain Delon et Jean-Pierre Melville, période Samouraï. Ryan Gosling incarne une figure davantage qu’un personnage, une silhouette mutique et impénétrable, bombe à retardement qui peut exploser à tout moment, où laisser à l’improviste parler des pulsions contradictoires (voir l’incroyable scène où il embrasse sa voisine quelques secondes avant de massacrer à coup de poing et de pied un tueur dans un ascenseur.) Nicolas Winding Refn poursuit son exploration d’univers mentaux, associant violence physique, projections fantasmatiques et fétichisme machiste (le déjà mythique blouson du héros, orné d’un scorpion doré, référence à Scorpio Rising de Kenneth Anger et sans doute aussi au personnage de Snake Plissken dans New York 1997 de John Carpenter.) Ce cinéaste danois remarqué pour sa trilogie mafieuse Pusher, Bronson (tourné en Angleterre) et Vallalah Rising, relecture du film de viking, donne le meilleur de lui-même et franchit un cap important pour sa carrière avec cette première incursion sur le territoire américain. Drive dresse le portrait fascinant de Los Angeles filmé à travers le regard d’un cinéaste européen. Avec sa photographie et sa mise en scène à couper le souffle, Drive se charge d’une poésie onirique qui sublime la Cité des Anges.

Ryan Gosling dans Drive de Nicolas Winding Refn

Ryan Gosling dans Drive de Nicolas Winding Refn

 

 

 

 

 

Catégories : Sur ARTE

7 commentaires

  1. Bastien Rabois dit :

    qu’avez vous pensé de la trilogie Pusher? C’est pour moi une grande trilogie! Tout particulièrement le deuxième film focalisé sur le personnage mémorable incarné par Mads Mikkelsen.

    • olivierpere dit :

      Je n’ai pas encore vu cette trilogie. Je suis NWR depuis Bronson…

      • ballantrae dit :

        C’est une période très différente de ce que fait ensuite NWR: brutale, très réaliste.Rien à voir avec la stylisation croissante de son cinéma.
        Bronson est un film de transition à l’évidence, un hybride des deux manières du cinéaste.
        Mes préférés demeurent Valhalla rising et Drive.

  2. JICOP dit :

    A mon sens un des films les plus surestimés de ces dernières années .
    Le début avec son atmosphère à la John Carpenter promet beaucoup mais le reste du métrage est assez décevant .
    Une violence ridicule et outrée vient ponctuer un récit brumeux ou le personnage ectoplasmique joué par Gosling tente de faire croire en vain à son personnage de cascadeur/pilote .
    La scène du tournage de film avec cascade est à ce titre particulièrement ridicule . Vite expediée et executée quand on connait le degré de préparation que nécessite pareille séquence .
    J’avais beaucoup aimé  » Valhalla rising  » pour son coté métaphysique ; il n’en est rien dans ce film basique qui se démodera assez vite .

    • olivierpere dit :

      Possible que Drive ait été surestimé au moment de sa sortie, y compris et surtout par moi-même. Il ne se caractérise pas par son réalisme comme vous avez pu le constater. Je l’aime quand même pour plusieurs scènes très belles. Mais je trouve aussi que Only God Forgives et The Neon Demon ont été sous-estimés et le sont encore.
      Quant à Valhalla Rising cela demeure un mystère. C’est l’un des seuls films que j’ai essayé de voir plusieurs fois sans jamais arriver à dépasser les trente premières minutes. Je m’endors ou je m’ennuie profondément devant un film à l’esthétisme primaire – filtres de couleur très laids – et à la métaphysique de bazar. Dans le genre néo film de vikings je préfère Le 13ème Guerrier de Mc Tiernan qui se prend moins au sérieux. NWR est plus crédible quand il veut imiter Carpenter ou Argento au lieu de Tarkovski. Mais c’est un cinéaste qui m’intéresse beaucoup. Sa compilation musicale « The Wicked Die Young » est très recommandée.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *