Olivier Père

Mulholland Drive de David Lynch

La diffusion prochaine de la Saison 3 tant attendue de Twin Peaks – dont les deux premiers épisodes seront projetés à Cannes – remet David Lynch sur le devant de la scène, après une dizaine d’années de semi retraite. Cela offre l’occasion aux distributeurs français de ressortir trois de ses films au cinéma et en blu-ray : Eraserhead, Twin Peaks – les derniers jours de Laura Palmer et Mulholland Drive.

 

Comme la route du même nom, Mulholland Drive (Mulholland Dr., 2001) est un film au tracé sinueux. David Lynch transporte le spectateur sur une voie excitante et dangereuse dont lui seul connaît les déviations. Mulholland Drive fut d’abord le pilote malchanceux d’une série télévisée avortée qui s’est peu à peu transformé en long métrage de cinéma. Cette genèse inhabituelle explique en partie pourquoi le film contient autant d’ouvertures, de béances et de points de départ. David Lynch est le cinéaste de l’inquiétante étrangeté. La ville de Los Angeles est la principale source d’inspiration de ce cauchemar éveillé, jeu de l’oie où se croisent et se désirent starlettes, femmes fatales, célébrités de Hollywood et gangsters. Lynch expérimente des univers sonores et visuels, des labyrinthes sensuels et terrifiants où il fait bon se perdre. Le film et ses énigmes invitent naturellement à de nombreuses visions, inaptes à épuiser son pouvoir de sidération. L’effet de stupéfaction et d’envoutement ne s’émousse pas même lorsqu’on croit le connaître. Mulholland Drive a néanmoins fini, sans l’aide de son créateur, a accueilli plusieurs grilles de lecture convaincantes. Il ne se résume pas à une succession de références cinématographiques – En quatrième vitesse, Vertigo, Persona, Le Mépris – ni à une relecture arty du film noir « hard boiled » des années 50, ni à une confrontation entre le glamour de l’âge d’or hollywoodien et le cinéma contemporain. Mulholland Drive est aussi et surtout une tragique histoire d’amour, de jalousie, de meurtre et de culpabilité, la rencontre passionnelle et toxique de deux femmes qui vont se détruire, destins brisés dans la cité des anges. Lynch brise la chronologie de son récit et entrelace rêve et réalité. L’un des premiers plans en caméra subjective suggère une présence humaine qui se couche sur un lit aux draps pourpres et s’enfonce dans un profond sommeil. Ce qui suivra sera un long et angoissant rêve, interrompu par un « time to wake up » qui introduit un épilogue désespéré, lui-même constitué de multiples retours en arrière. Lynch n’est pas seulement un cinéaste plasticien ou un savant fou. C’est aussi un amoureux des actrices, qu’il dirige admirablement. Au cœur de cet édifice brillant il révèle la géniale Naomi Watts dans un double rôle d’une complexité et d’une profondeur exceptionnelles. Mulholland Drive est souvent cité comme l’un des chefs-d’œuvre cinématographiques du XXIème siècle. On valide.

 

Mulholland Drive ressort le mercredi 10 mai en salles, en version restaurée, distribué par Tamasa.

Nouvelle édition blu-ray du film de David Lynch avec des bonus inédits, disponible le 6 juin à la vente chez Studiocanal.

 

Mulholland Drive sera diffusé sur ARTE lundi 19 juin à 20h55, en version restaurée, dans le cadre d’une soirée David Lynch.

 

 

 

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