Olivier Père

Un homme et une femme de Claude Lelouch

ARTE diffuse Un homme et une femme (1966) lundi 2 janvier à 22h45, en version restaurée. Tout le monde croit connaître Un homme et une femme, succès mondial et inaugural d’un jeune cinéaste autodidacte nommé Claude Lelouch, primé à Cannes et à Hollywood. Mais qui l’a vraiment vu ou revu?

Voilà un titre dont la notoriété a fait écran, et éclipsé les qualités véritables, au-delà des clichés et des idées reçues – par exemple le trop fameux « chabadabada » qui n’a jamais existé. Plutôt que de vouer un culte nostalgique à un phénomène sociétal qui a volontiers entretenu son propre mythe, mieux vaut aller à la découverte du film avec un regard neuf. Sous l’apparent roman-photo et les artifices de mise en scène se révèle un délicat mélodrame postmoderne sur le thème du deuil, avec des personnages en hibernation sentimentale, tentés par le repli morbide sur le passé. Mais Lelouch est un incorrigible optimiste et tout finira en hymne à la vie, porté par la beauté évanescente de Anouk Aimée et le sourire carnassier de Jean-Louis Trintignant.

Voir ou revoir lundi soir La Bonne Année et Un homme et une femme à la suite permettra de vérifier que Lelouch inventé une nouvelle manière de filmer, une façon unique et ludique, souvent mélodique, de raconter une histoire faussement simple. Lelouch revendique son amour des acteurs et des actrices, son humour et sa liberté et expérimente. Un homme et une femme est un film qui emprunte autant aux techniques du reportage qu’au scopitone, les deux écoles de cinéma de Lelouch. Il filme la naissance d’un couple comme un documentaire, des courses automobiles comme une histoire d’amour, et des souvenirs comme des chansons – la plus belle séquence du film est peut-être le passage musical de la samba chantée par Pierre Barouh – acteur et auteur interprète auquel Un homme et une femme doit beaucoup, et qui vient de nous quitter, le 28 décembre 2016. Que cette diffusion lui soit dédiée.

Jean-Louis Trintignant dans Un homme et une femme © Studiocanal Foto: ARTE France Honorarfreie Verwendung nur im Zusammenhang mit genannter Sendung und bei folgender Nennung "Bild: Sendeanstalt/Copyright". Andere Verwendungen nur nach vorheriger Absprache: ARTE-Bildredaktion, Silke Wölk Tel.: +33 3 881 422 25, E-Mail: bildredaktion@arte.tv

Jean-Louis Trintignant dans Un homme et une femme
© Studiocanal

Saluer Lelouch sur ARTE avec quatre de ses meilleurs films c’est aussi l’occasion de poursuivre notre exploration du cinéma français au travers de ses auteurs populaires, qui ont su nouer une relation forte et particulière avec le public, et connaître avec leurs films un retentissement international : Claude Sautet, Claude Berri, Costa-Gavras, Claude Chabrol, Jean-Pierre Mocky…

 

De nombreux titres de la longue filmographie de Claude Lelouch ont été récemment restaurés et on fait l’objet d’une belle édition à l’unité en DVD et Blu-ray chez Marco Polo Production SAS. On y retrouve les quatre films de notre cycle mais aussi les très recommandables Les Bons et les Méchants (sur la période de l’occupation allemande avec Jacques Dutronc, Marlène Jobert, Bruno Cremer), ou Itinéraire d’un enfant gâté, et en attendant les excellents Un homme qui me plaît (avec Jean-Paul Belmondo et Annie Girardot), La vie, l’amour, la mort (contre la peine capitale, avec Amidou) et Le Voyou (avec Jean-Louis Trintignant)…

 

 

 

 

 

 

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3 commentaires

  1. Regnault dit :

    Dans le film, on voit le personnage de Trintignant concourir aux 24h du Mans à bord de la fameuse Ford GT40 qu’Henri Ford II a mis plus 3 ans à peaufiner dans le but obsessionnel (et jugé complément irréaliste à l’époque) de battre Ferrari… En 1966, Ford remporte le Grand Prix au Mans pour la première fois, et Lelouch, à Cannes, repart avec le Grand Prix. Je trouve cette anecdote assez belle… D’autant plus que Cannes précède Le Mans d’un mois.
    L’automobile et le cinéma à cette époque, c’etait une combinaison passionnante, je trouve. Avez-vous vu le film documentaire de Polanski sur le GP de Monaco? Autrement, voici sa bande annonce.
    https://youtu.be/0mSpJ5eXTQg

    • olivierpere dit :

      Non pas vu, mais ça donne envie. Je vous conseille Le Mans de Lee H. Katzin avec Steve McQueen (1971), dont le tournage et l’implication de McQueen ont donné lieu en 2015 à un documentaire (à voir aussi), Steve McQueen : The Man and Le Mans.

      • Regnault dit :

        J’ai vu Le Mans de Lee H. Katzin dans une version restaurée Blu-ray formidable, où l’on peut entendre le bruit des moteurs comme si on était assis dans les gradins… Je n’ai pas vu le documentaire par contre. Ce ne serait tarder…

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