Olivier Père

Dernier Train pour Busan de Yeon Sang-ho

Après sa présentation remarquée en séance de minuit au Festival de Cannes, Dernier Train pour Busan (Bu-San-Haeng) sort le 17 août en France, distribué par ARP.

Le long métrage de Yeon Sang-ho n’est rien d’autre qu’une réponse coréenne à la mode des films « d’infectés », avatars postmodernes des films de zombies inventés par George A. Romero en 1968 (La Nuit des morts-vivants) et déclinés depuis sous toutes les formes inimaginables. En 2002 le pourtant peu inspiré – il a d’ailleurs tout pompé sur une série B italienne des années 80, Démons – Danny Boyle a revivifié avec 28 Jours plus tard le sous-genre zombiesque avec la figure de l’infecté monté sur ressorts et galopant comme un dératé, généralement en horde, pour grignoter ses victimes avec moult grognement, à la différence des macchabés léthargiques auxquels nous avaient habitués Romero, Fulci et compagnie. Formule que reprendra Zack Snyder dans L’Aube des morts. L’infecté est beaucoup plus dangereux que le zombie à l’ancienne car il court vite et vous contamine en quelques minutes. Fort heureusement il est souvent bête comme ses pieds, à l’instar des créatures de Dernier Train pour Busan incapables d’actionner la poignée d’une porte vitrée ou de s’intéresser à une proie potentielle si elle se trouve hors de leur champ de vision.

Dernier Train pour Busan

Dernier Train pour Busan

Dernier Train pour Busan raconte la propagation monstrueuse d’un virus zombie sur un train à haute vitesse en direction de Busan. Avant que les choses sérieuses ne commencent la présentation du groupe de passagers comprenant des caractères bien typés – deux vieilles dames, un grand patron irascible, une équipe de base-ball, un clochard nous renvoie au bon souvenir de la série Airport ou de tout autre film catastrophe des années 70 se déroulant dans un moyen de transport – Le Pont de Cassandra par exemple, avec son train – déjà – transportant le virus de la peste. La suite relève de l’action non stop, avec l’élimination progressive des passagers et la lutte pour la survie d’un petit groupe de rescapés, réfugiés dans un wagon puis dans un autre train. Le cinéaste connaît ses classiques et réussit à nous surprendre malgré les nombreuses citations d’autres films, du génial Runaway Train au pitoyable World War Z. Dernier Train pour Busan permet de savourer la différence entre un blockbuster coréen et un blockbuster hollywoodien. Le pays du matin calme sait confectionner des superproductions qui sauvent leur âme, conservent les qualités dynamiques des séries B, avec des acteurs formidables et une attention constante aux personnages, sans parler des annotations sociopolitiques qui mettent souvent ces films en prise directe avec la réalité du pays. C’est le cas de Dernier Train pour Busan, dont le héros est un « trader » qui néglige sa fille à cause de son travail et va enfin pouvoir lui exprimer son amour dans des conditions dramatiques.

Avant Dernier Train pour Busan Yeon Sang-ho était connu pour avoir réalisé plusieurs longs métrages d’animation pour adultes à caractère social et satirique. Son passage au cinéma traditionnel porte la marque de sa formation d’animateur. Au lieu du sur découpage frénétique et informe de la plupart des blockbusters actuels Dernier Train pour Busan se signale par la précision de ses cadres et la lisibilité de sa mise en scène, qui évoquent la bande dessinée et l’animation.

Dernier Train pour Busan est d’ailleurs le prolongement du précédent film d’animation de Yeon Sang-ho, tourné juste avant, Seoul Station, sur une invasion de zombies dans le métro de la capitale coréenne, qui devrait finalement sortir après Dernier Train pour Busan : un bon double programme en perspective !

Yeon Sang-ho © Bertrand Noël

Yeon Sang-ho © Bertrand Noël

 

Dernier Train pour Busan : entretien avec Yeon Sang-ho

 

Vous avez réalisé plusieurs courts et longs métrages d’animation (The King of Pigs, The Fake) mais c’est la première fois avec Dernier Train pour Busan que vous réalisez un film en prises de vues réelles…

 

Je préparais un film d’animation intitulé Seoul Station, déjà une histoire de zombies mais avec une ambiance beaucoup plus sombre et un message social beaucoup plus fort que dans Dernier Train pour Busan. Pendant la production de ce film d’animation je me suis dis qu’en traitant le sujet de manière plus commerciale tout en y apportant une touche personnelle je pourrais peut-être en faire une version en prises de vues réelles. J’ai réfléchi à l’idée de traiter d’un thème similaire mais avec une histoire différente. C’est à ce moment-là que ma société de production m’a encouragé dans cette voie en me proposant de réaliser un film avec de vrais acteurs. Au début je n’étais pas sûr d’en être capable, j’ai suggéré à mes producteurs d’engager un réalisateur plus expérimenté à ma place. Mais j’ai fini par me laisser convaincre.

 

Il existe un sous texte sociopolitique dans Dernier Train pour Busan.

 

Par rapport à mes films précédents la dimension sociale est moins appuyée mais elle est encore présente dans Dernier Train pour Busan. J’ai voulu que le public coréen puisse retrouver au sein du genre fantastique – auquel il n’est pas forcément très habitué – des éléments de la vie quotidienne. J’ai imaginé des personnages dans lesquels les Coréens puissent se reconnaître, même si je pense que Dernier Train pour Busan aborde finalement des thèmes et des sentiments universels.

 

Comment avez-vous envisagé la mise en scène de Dernier Train pour Busan, qui entretient des similitudes avec le cinéma d’animation ?

 

Le train propose un espace clos et répétitif. Tous les wagons et compartiments se ressemblent. Il y a beaucoup de scènes d’action dans le film mais je n’ai pas voulu trop les découper, afin de permettre aux spectateurs de se repérer plus facilement. J’ai limité le nombre de plans pour que l’on puisse suivre les mouvements des personnages, pour que l’action demeure lisible. Il y a moins de plans dans Dernier Train pour Busan que dans un film d’action habituel.

Concernant le côté graphique, j’ai toujours aimé les films qui ont recours aux effets spéciaux mais aussi aux miniatures. Pour chaque plan j’ai pu discuter avec mon équipe et proposer des idées. Ce fut un tournage extrêmement stimulant et agréable.

 

C’est le deuxième film consécutif que vous consacrez à une attaque de zombies ou pour être plus précis de personnes infectées. Il y a des clins d’œil à certains classiques du genre dans Dernier Train pour Busan. Quelle relation entretenez-vous avec ce courant du fantastique moderne ?

 

Le film d’animation Seoul Station que j’ai réalisé avant Dernier Train pour Busan n’est pas encore sorti en Corée. Il est probable que le public français le découvre avant tout le monde puisqu’il sera projeté au Festival d’Annecy. En Corée Seoul Station sera distribué en salles après Dernier Train pour Busan. Comme d’autres cinéphiles de ma génération j’ai grandi avec des films de zombies et j’aime beaucoup ceux de George A. Romero. Parmi les films plus récents je porte un intérêt particulier à L’Armée des morts de Zack Snyder qui est un remake de Zombie (Dawn of the Dead) de Romero et j’aime beaucoup 28 Jours plus tard de Danny Boyle. Cela va peut-être vous sembler étrange mais mes goûts de spectateurs me portent autant vers la saga Star Wars ou la trilogie du Seigneurs des anneaux que des films réalistes comme Zodiac de David Fincher. Je suis aussi un très grand fan de Ken Loach. Sweet Sixteen m’a beaucoup influencé pour la préparation de mon premier long métrage The King of Pigs.

Propos recueillis lors du Festival de Cannes le 15 mai 2016

 

 

 

 

 

 

 

Catégories : Actualités · Rencontres

3 commentaires

  1. Jean-Fabrice Janaudy dit :

    Intéressant aussi, outre les classiques ciné (dont fera peut-être partie « Dernier Train Pour Busan »), de se plonger dans le vidéogame « The Last of Us » que j’ai découvert récemment. Quasiment 30h d’immersion… et c’est juste extraordinaire toutes les émotions que l’on peut ressentir tout au long de l’histoire.

  2. Teo Peaks dit :

    Très intéressant!

    Le film italien dont vous parlez est celui de Lamberto Bava?

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