Olivier Père

Lolita de Stanley Kubrick

Dans le cadre de son Summer of Scandals ARTE diffuse Lolita (1962) de Stanley Kubrick dimanche 31 juillet à 22h50

Les Sentiers de la gloire (1957) avec Kirk Douglas a propulsé le jeune Stanley Kubrick au rang du cinéaste américain le plus en vue de sa génération. Entre-temps, Kubrick et son associé James B. Harris, devenus producteurs indépendants, ont acheté les droits cinématographiques du roman sulfureux de Vladimir Nabokov, Lolita, en passe de devenir un best seller aux États-Unis. Le roman de Nabokov, écrit en anglais, avait été publié pour la première fois en France en 1955, déclenchant immédiatement un scandale littéraire.

Les deux hommes souhaitent transformer le livre en film à succès. Mais Kirk Douglas rappelle Kubrick pour remplacer en urgence le réalisateur Anthony Mann sur la superproduction historique Spartacus.

Après cet intermède hollywoodien long et compliqué, Kubrick revient aux choses sérieuses, c’est-à-dire Lolita. Il parvient à convaincre Nabokov de travailler avec lui à l’adaptation de son roman. Sue Lyon, une jeune débutante de 14 ans est choisie pour interpréter Lolita – âgée de 12 ans dans le roman – et c’est James Mason, alors au plus bas de sa carrière, qui interprète Humbert Humbert. Afin d’éviter les pressions des ligues de vertu, Kubrick part tourner Lolita en Grande-Bretagne, où il ne tardera pas à s’installer définitivement avec sa troisième femme, une comédienne allemande devenue peintre, et ses trois filles. La distribution de Lolita est complétée par Shelley Winters, géniale en mère au foyer idiote et névrosée et Peter Sellers, comédien britannique spécialisé dans les performances transformistes et extravagantes, qui donne à Clare Quilty, séducteur débauché rival de Humbert, une importance qu’il n’avait pas dans le roman. Kubrick admire tellement Sellers qu’il le laisse étoffer son personnage et le retrouvera dans son film suivant, Docteur Folamour, où il interprète trois rôles (plus un coupé au montage).

James Mason et Sue Lyon dans Lolita de Stanley Kubrick © Warner Bros.

James Mason et Sue Lyon dans Lolita de Stanley Kubrick
© Warner Bros.

On peut estimer que Kubrick a édulcoré le roman de Nabokov, en effaçant le passé pédophile de Humbert, ses théories libertines sur les nymphettes, pour transformer l’histoire de Lolita en passion impossible entre deux êtres séparés par leur différence d’âge et de culture. Le film sera jugé trop chaste et suggestif par les amoureux du roman, provocateur et inacceptable par les puritains.

Lolita peut paraître à part dans la filmographie de Kubrick, en raison du poids écrasant du roman de Nabokov. C’est pourtant un film extrêmement personnel dans lequel le cinéaste explore les pulsions humaines, le dérèglement des sens, le conflit entre passion et raison, la satire sociale, comme dans ses chefs-d’œuvre Barry Lyndon ou Eyes Wide Shut.

Kubrick y développe un goût du visage humain filmé à la manière d’un masque qui se fissure, laissant apparaître l’angoisse, sur un mode grotesque ou effrayant, comme plus tard dans Orange mécanique ou Shining.

Lolita connaîtra un gros succès de scandale et marquera la rupture de Kubrick avec James B. Harris, occupé à passer à son tour à la réalisation, avec beaucoup moins de brio que son ancien associé.

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