Olivier Père

Maniac Cop de William Lustig

Dans la « Midnight Collection » de Carlotta, dédiée aux classiques des vidéoclubs (rayons action et horreur) on pourra revoir ou découvrir pour la première fois en blu-ray Maniac Cop (1988) de William Lustig, véritable chant du cygne du cinéma d’exploitation américain. Son générique réunit trois ténors de la série B des années 80 : James Glickenhaus à la production, Larry Cohen à la production et au scénario, William Lustig à la mise en scène.

L’association entre le créateur du Monstre est vivant, Epouvante sur New York ou Meurtres sous contrôle, peu avare en idées excentriques, et le réalisateur du légendaire Maniac – terrifiant portrait d’un tueur psychopathe qui scalpait des prostituées – fait des étincelles.

L’idée de départ des deux hommes aurait été d’imaginer une suite au chef-d’œuvre de Lustig, puis le projet évolua vers un polar d’action au ton beaucoup plus décontracté. Les personnalités des deux auteurs cohabitent avec un certain bonheur. William Lustig est le maître de la violence poisseuse et des atmosphères urbaines glauques, Larry Cohen est un scénariste astucieux qui place toujours deux ou trois trouvailles inoubliables dans des histoires à dormir debout, truffées de clins d’œil cinéphiles. Le duo accouche de Maniac Cop, détournement des « slashers » où le tueur fou qui exécute la nuit tombée ses victimes dans les rues de New York est un colosse portant l’uniforme de la police. Imitateur ou vrai flic ? Cette vague de meurtres déclenche la panique dans la ville. Scène typique du cinéma de Larry Cohen : un femme effrayée par une silhouette en uniforme abat un vrai policier en croyant avoir affaire au maniaque ! Cohen imagine une intrigue hitchcockienne avec un faux coupable que tout accuse contraint de prouver constamment son innocence et sauver sa peau en même temps qu’il cherche à arrêter le tueur fou. Le film organise une double enquête qui révèle progressivement la vraie nature du Maniac Cop et les origines de sa monstruosité. Le résultat est un cocktail hybride qui mélange avec habileté thriller et horreur, vieilles recettes et tendances du moment. Quelques scènes gore portent la (grosse) patte de Lustig – les premiers meurtres, l’agression brutale dans la douche d’une prison qui renvoie à Vigilante – tandis que l’ensemble du métrage rejoint l’action mouvementée, les fusillades et les cascades typiques des années 80. Maniac Cop s’inspire davantage de Terminator – la créature indestructible qui traque ses victimes – que du premier Maniac. La distribution réunit plusieurs générations de « gueules » du cinéma fantastique américain : Tom Atkins (acteur chez John Carpenter), Bruce Campbell (découvert par Sam Raimi), Laurene Landon (Hundra), Richard Roundtree (Shaft), William Smith (biker chez Jack Starrett et barbare chez Milius), et un acteur au physique impressionnant qui deviendra une petite célébrité de la série Z grâce au rôle titre du flic maniaque : Robert Z’Dar. Le succès du film engendrera deux suites, de plus en plus extravagantes et parodiques, mais l’entente entre Lustig et Cohen n’y survivra pas.

Difficile d’évoquer la sempiternelle ambiance new-yorkaise des productions Shapiro-Glickenhaus au sujet de Maniac Cop puisque le film fut essentiellement tourné à Los Angeles pour des questions de budget, et Lustig dut rivaliser d’ingéniosité pour tromper le spectateur.

Aux dernières nouvelles Nicolas Winding Refn et Wild Bunch voudraient produire un remake de Maniac Cop : un projet qui ne s’impose guère…

 

 

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