Olivier Père

Marie-Antoinette reine de France de Jean Delannoy

Une bonne surprise. Cinéaste réputé pour son académisme et son esprit de sérieux, Jean Delannoy a néanmoins signé quelques bons films au sein d’une longue et peu folichonne carrière. Nous n’attendions pas grand-chose de cette biographie de Marie-Antoinette réalisée en 1955 et interprétée par la comédienne fétiche de Delannoy Michèle Morgan dans le rôle-titre. Prototype des films de « qualité française » honnis par les jeunes critiques des Cahiers du cinéma, succès commerciaux de l’époque aujourd’hui tombés aux oubliettes Marie-Antoinette reine de France est représentatif d’un certain courant du film historique, un peu scolaire dans son souci de véracité mais n’hésitant pas à romancer quand cela arrange les scénaristes des épisodes ou des personnages. Le film débute en 1774 – bal de l’Opéra où l’insouciante épouse du dauphin fait la connaissance du comte de Fersen, son grand amour – et s’achève – attention spoiler ! – avec la mort de Marie-Antoinette le 16 octobre 1793. La mise en scène de Delannoy est sage et minutieuse, à l’image de la reconstitution et du Technicolor. Le regard bienveillant accordé à la reine et la famille royale prises dans la tourmente de la Révolution, la description épouvantée ou dégoûtée du moindre représentant d’un peuple haineux et violent confère au film une orientation clairement contre-révolutionnaire. Michèle Morgan abonnée aux rôles de victimes et de femmes blessées mais toujours dignes dans leur malheur trouve en Marie-Antoinette un personnage qui lui sied comme un gant. Jacques Morel qui interprète Louis XVI est excellent même si la vision physique et morale proposée par le film respecte les clichés et les approximations qui continuent de définir le monarque à travers les siècles.

 

Si ce film plutôt conventionnel se suit sans ennui il devient intéressant et même émouvant dans sa dernière partie – la Terreur, le procès de la reine – et se révèle finalement inoubliable grâce à une seule scène, qui est aussi, ça tombe bien, la toute dernière : lors de l’exécution de Marie-Antoinette sur la place publique, un prêtre réfractaire se dissimule sous l’échafaud et donne en secret les derniers sacrements à la reine au moment où s’abat la guillotine. Du sang royal coule à travers le plancher et vient tacher l’autel de fortune. Ultime image avant que n’apparaisse le mot fin. Cette scène imaginée – cauchemardée – par les scénaristes atteint une précision glaciale, avec un sens du détail macabre qui n’est pas sans évoquer les meilleures productions Hammer. Le fait que le curé soit incarné par un très jeune Michel Piccoli confère a posteriori à cette scène une beauté bunuelienne, et quasi sadienne.

On doit le plaisir de cette redécouverte à Gaumont qui propose de nombreux films de son pléthorique catalogue en versions restaurées et HD dans des éditions blu-ray et DVD de grande qualité. Cela permet ainsi de revoir dans des conditions optimales des titres célèbres ou obscurs du cinéma commercial français, mélangés à des films de grands auteurs. Deux exemples parmi tant d’autres : Le Monte-charge (1962) de Marcel Bluwal (étonnant thriller nocturne et banlieusard aux frontières de l’onirisme d’après un roman de Frédéric Dard) et L’Affaire des poisons (1955) de Henri Decoin sur lequel nous reviendrons bientôt.

 

 

 

 

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