Olivier Père

Lady Snowblood de Toshiya Fujita

HK vidéo propose dans un beau combo Blu-ray + DVD + livret signé Léonard Haddad ce chef-d’œuvre de sang et de violence, le diptyque Lady Snowblood produit par la Toho réalisé par Toshiya Fujita en 1973 et 1974 d’après le manga éponyme de Kazuo Koike (scénariste, également auteur de Lone Wolf and Cub qui inspirera la série des Baby Cart au cinéma) et Kazuo Kamimura (dessinateur). Le titre original de Lady Snowblood est Shurayuki-hime, littéralement « princesse neige-carnage » jeu de mot permis par la proximité phonétique en Japonais entre « shira » (« blanc ») et « shura » (« carnage »).

Meiko Kaji dans Lady Snowblood

Meiko Kaji dans Lady Snowblood

Le premier film débute en 1874, an 7 de l’ère Meiji, dans une prison de femmes de Tokyo. Lors d’une nuit d’hiver une détenue accouche dans la douleur d’une petite fille, qui sera baptisée Yuki, puis meurt peu de temps après. La neige devient rouge lors du générique. Les séquences suivantes bouleversent la chronologie puisqu’on y voit Yuki, vingt ans plus tard, montrer son agilité surhumaine dans l’art du sabre, mais aussi le meurtre de son père et le viol de sa mère vingt ans plus tôt, et le début de la vengeance de cette dernière avant que sa fille ne soit en âge de terminer sa quête vengeresse, en assassinant un après l’autre les coupables, des brigands qui se sont crapuleusement enrichis pendant les émeutes contre le service militaire de 1873. Bien que s’engouffrant très vite dans une forme d’outrance visuelle délirante et pop, fidèles à une esthétique manga adaptée au grand écran – avec le recours à des séquences dessinées, les deux films de Toshiya Fujita prennent soin d’ancrer les aventures de « princesse Yuki » dans un contexte historique et politique précis de la fin du XIXème et le début du XXème siècle. Ces récits mettant en scène des personnages monstrueux et corrompus, politiciens d’un état totalitaire ou officiers fascistes trouvent un écho avec la vague de contestation et la radicalité des mouvements gauchistes qui s’épanouissent dans le Japon des années 60.

La suite Lady snowblood 2 – chant d’amour et de vengeance réalisée un an plus tard avec la même équipe va expliciter cette dimension subversive en montrant des opposants au régime espionnés et torturés par la police secrète, dans la période de crise après la victoire du Japon dans la guerre russo-japonaise qui s’achève en septembre 1905.

Meiko Kaji dans Lady Snowblood

Meiko Kaji dans Lady Snowblood

Lady Snowblood, alias « l’enfant du démon guerrier » est interprétée par la magnifique Meiko Kaji. Son physique gracile, son visage impassible et l’intensité de son regard noir traversaient déjà une autre saga criminelle, celle de la prisonnière Sasori. Elle avait auparavant atteint la célébrité grâce à une série de films sur la délinquance juvénile. C’est aussi dans ce genre et des drames sociaux que s’était auparavant illustré le réalisateur Toshiya Fujita. Les deux Lady Snowblood demeurent ses titres de gloire en dehors du Japon mais tranchent – c’est le cas de le dire – avec le reste de sa production. Sans être un spécialiste du « chambara » ou du film d’horreur Toshiya Fujita a réussi avec Lady Snowblood un sommet du cinéma d’ultra violence, dont les débordements sanglants surprennent encore aujourd’hui et rivalisent avec les pires excès du cinéma gore. Le robinet d’hémoglobine a été ouvert en grand et ce sont des mares et de puissants geysers rouges qui concluent les mises à mort de Princesse Yuki, avec des finals dantesques associant à deux reprises des carnages aux couleurs du drapeau japonais, dans un ultime geste anarchisant et provocateur.

Quentin Tarantino n’oubliera pas l’ange de la vengeance Meiko Kaji et Lady Snowblood demeure la principale source d’inspiration de Kill Bill, avec l’emprunt de la structure en chapitres et le personnage de O-Ren Ishii interprété par Lucy Liu.

Lady Snowblood sera également diffusé sur ARTE dans le cadre de son cycle « cinéma trash » autour des femmes infernales le lundi 2 novembre à 23h et le jeudi 12 novembre après minuit, et disponible en Replay sur ARTE+7.

 

 

 

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Un commentaire

  1. F. Bouvat dit :

    Quelle bonne nouvelle que cette diffusion !!
    Le cinéma japonais 1971-74 a fourni de sacrés films de genre comme « Hanzo the razor – l’enfer des supplices », la série des Baby Cart, La femme scorpion, les films de Fukazaku, ceux de Wakamatsu… !

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