Olivier Père

Une affaire de femmes de Claude Chabrol

Le cinéma c’est aussi l’après-midi sur ARTE, qui diffuse vendredi 3 juillet à 13h40 Une affaire de femmes (1988) de Claude Chabrol. Cette ténébreuse affaire, forcément secrète, c’est l’histoire vraie d’une mère de famille qui devient avorteuse sous l’Occupation, pour améliorer son quotidien. Elle sera dénoncée par son mari et condamnée à mort. Chabrol s’inspire du cas de Marie-Louise Giraud, une des dernières femmes guillotinées en France. Une fois de plus lorsqu’il s’agit de ses études criminelles et de ses portraits féminins, filons fertiles dans sa prolifique filmographie l’auteur du Boucher se montre en grande forme langienne, avec une mise en scène d’une précision implacable, sans apitoiement ni cruauté inutiles malgré la noirceur de son sujet. Sans aucune volonté démonstratrice ou pamphlétaire non plus, même si la dimension critique du film ne laisse planer aucune ambiguïté sur les intentions du cinéaste. Chabrol ne prend pas parti sur la question de l’avortement (« une affaire de femmes »), mais ne cache pas son courroux contre le conservatisme et l’hypocrisie de la société française des années 40, et contre la peine de mort.

Une affaire de femmes est sans doute l’un des films qui décrit avec le plus d’acuité l’atmosphère sinistre de la France pétainiste sous occupation allemande, qui érigea en vertus patriotiques la bassesse, la lâcheté et la délation aux différents niveaux de l’état.

Isabele Huppert et Marie Trintignant dans Une affaire de femmes

Isabele Huppert et Marie Trintignant dans Une affaire de femmes

Le film est surtout le récit de la tentative d’émancipation d’une femme malheureuse qui cherche à échapper à sa morne existence, y compris par des moyens que la morale de l’époque réprouve et punit impitoyablement. Une affaire de femmes est l’histoire d’une révolte aux conséquences tragiques d’un personnage empêtré dans ses contradictions et ses erreurs, comme l’étaient Violette Nozière (autre fait-divers porté à l’écran par Chabrol en 1978) et Madame Bovary (Chabrol adaptera le roman de Flaubert en 1991). Trois femmes génialement interprétées par Isabelle Huppert.

L’actrice remporta la Coupe Volpi de la meilleure actrice à la Mostra de Venise pour Une affaire de femmes. Lors de sa présentation sur le Lido et sa sortie le film irrita le Vatican et certains catholiques intégristes à cause des dernières paroles blasphématoires de Marie, expression de sa colère avant de monter sur l’échafaud.

 

Une affaire de femmes est également disponible en Replay sur ARTE+7.

 

 

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