Olivier Père

Cannes 2015 Jour 8 : Mountains May Depart de Jia Zhangke (Compétition)

 

« Ce sera la première fois que je mettrai en présence dans un même film passé, présent et futur. Les réalités sociales ne seront présentes qu’en arrière-plan, à peine perceptibles, tandis que je mettrai en évidence, au premier plan, ces instants difficiles mais incontournables que tout individu est amené à vivre, quelle que soit l’époque dans laquelle il vit. » (Jia Zhangke, dans sa note d’intention de Mountains May Depart)

 

Mountains May Depart est le nouvel opus magistral de l’auteur de Platform, Still Life et A Touch of Sin : une bouleversante histoire d’amour traversée par les mutations économiques de la Chine, et aux résonances universelles.

On connaît l’importance de Platform, deuxième long métrage de Jia, dans sa filmographie. Chef-d’œuvre inaugural venant après le remarquable Xiao Wu, artisan pickpocket, Platform tourné à Fenyang, ville natale de Jia, et en dialecte shanxi, était une épopée intimiste de la jeunesse chinoise entre 1979 et 1989, période de l’adolescence de Jia, qui dédiait le film à son père. Souvenirs autobiographiques se mêlaient à la chronique d’un groupe d’amis qui rêvait de s’extraire de la triste existence provinciale, entre ennui, histoires d’amour et chansons pop taïwanaises, uniques fenêtres clandestines vers le monde extérieur.

Dans Mountains May Depart nous retrouvons trois amis d’enfance, une fille et deux garçons qui sont amoureux d’elle, à Fenyang à la veille du XXIème siècle. Le plus ambitieux décidé à faire rapidement fortune gagnera le cœur de la belle, tandis que l’autre, mineur, partira vers un morne destin, condamné à la misère et à la maladie.

Le film est constitué de trois parties, passée, présente et future, se concluant en 2025 en Australie. Les flux migratoires étudiés par Jia sont ici ceux des nouveaux riches, les déplacements de ses personnages transcendent pour la première fois les frontières chinoises. Le cinéaste avait conçu son précédent film A Touch of Sin sur la violence, comme un « wu xia pian » moderne. Mountains May Depart est un superbe mélodrame sur deux générations, et un magnifique portrait de femme à trois âges de la vie. Jamais le cinéaste n’avait ausculté avec autant de finesse les sentiments humains. Beau et triste à pleurer, magnifiquement interprété par Zhao Tao la muse de Jia, Mountains May Depart est un chef-d’œuvre, une fresque intimiste qui parvient à mêler émotion pure et regard critique.

K. Kurosawa et Jia Zhangke par Paul Blind, Cannes 2015

K. Kurosawa et Jia Zhangke par Paul Blind, Cannes 2015

Zhao Tao par Paul Blind, Cannes 2015

Zhao Tao par Paul Blind, Cannes 2015

Catégories : Actualités · Coproductions

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