Olivier Père

Cannes 2015 Jour 1 : Carrosse d’Or à Jia Zhangke (Quinzaine des Réalisateurs)

Demain, jeudi 14 mai lors de la soirée d’ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs la SRF – Société des Réalisateurs de Films – décernera son Carrosse d’or à Jia Zhangke (photo en tête de texte sur le tournage de A Touch of Sin).

Depuis 2002, les réalisateurs de la SRF rendent hommage à un de leurs pairs en lui remettant un prix, « Le Carrosse d’or », pendant le Festival de Cannes. Ce prix est destiné à récompenser un cinéaste choisi pour les qualités novatrices de ses films, pour son audace et son intransigeance dans la mise en scène et la production.

Platform de Jia Zhangke

Platform de Jia Zhangke

Jia Zhangke, né en 1970 à Fenyang, dans la province du Shanxi, compte parmi les quelques cinéastes majeurs apparus à la fin des années 90, avec à peine une dizaine de longs métrages, le même nombre de courts, et presque autant de chefs-d’œuvre. Attentif aux métamorphoses de la Chine moderne, Jia Zhangke s’impose comme l’archiviste de l’inconscient et de l’histoire de son pays, à travers des récits qui mêlent les souvenirs personnels, le romanesque et le travail documentaire. Jia Zhangke étudie d’abord la peinture et publie un roman en 1991. Après un moyen métrage expérimental, son premier long métrage, Xiao Wu artisan pickpocket (1997), réalisé avec peu de moyens et hors du circuit traditionnel, l’impose d’emblée comme le chroniqueur sensible de la jeunesse chinoise, et l’héritier direct de Roberto Rossellini. Son deuxième film, l’éblouissant Platform (2001), observe sur une durée de dix ans le désarroi d’un groupe de garçons et de filles, dont la vie est rythmée par les chansons taïwanaises interdites et les spectacles musicaux. Rarement œuvre autobiographique aura atteint une dimension aussi universelle. Plaisirs inconnus, nouvelle chronique provinciale, confirme la sensualité et l’intelligence du cinéma de Jia Zhangke, poète inspiré du spleen amoureux et du malaise d’une génération perdue. Still Life (2006), Lion d’or à Venise, apporte la consécration internationale à Jia Zhangke, dont la plupart des films n’obtiennent pas d’autorisation de distribution en salles dans son propre pays. Cette fresque intimiste, voyage dans la vallée des Trois Gorges, en amont du plus grand barrage du monde, enregistre à la fois les profonds bouleversements humains et géographiques de la Chine contemporaine, et la quête amoureuse d’un homme et d’une femme. The World (2004) son premier film réalisé et diffusé avec l’accord de l’Etat chinois, puis les essais cinématographiques Useless, 24 Cities et I Wish I Knew, complètent une œuvre géniale et en perpétuel questionnement formel, cherchant inlassablement à mieux comprendre la Chine. 2013 marque le grand retour à la fiction de Jia Zhangke qui signe avec A Touch of Sin un tableau d’une noirceur extrême de la Chine contemporaine avec quatre récits imbriqués mettant en scène des situations sans issue vécues par des personnages qui s’expriment par la violence en commettant des actes désespérés. En s’inspirant de multiples incidents tragiques relayés par internet Jia Zhangke renoue paradoxalement avec la tradition du « wu xia » cinématographique et littéraire, ces histoires de guerrières et de chevaliers confrontés eux aussi à l’injustice et à l’oppression.

A Touch of Sin de Jia Zhangke

A Touch of Sin de Jia Zhangke

Véritable inventeur de formes, Jia Zhangke insuffle à son cinéma une stylisation nouvelle, travaillant les codes du film d’arts martiaux tel qu’il fut magnifié par King Hu ou Chang Cheh dans les années 60 et 70.

Le nouveau film de Jia Zhangke, qui sera dévoilé en Compétition durant le Festival de Cannes, Mountains May Depart, est un sublime mélodrame qui reprend certains personnages de Platform pour suivre leur destinées à trois époques différentes, de 1999 à 2024. Nous aurons l’occasion de revenir sur cette histoire d’amour et de Chine avec son auteur le jour de sa projection officielle.

Mountains May Depart de Jia Zhangke

Mountains May Depart de Jia Zhangke

 

En attendant, la remise du Carrosse d’or sera précédée au Théâtre Croisette, la salle de la Quinzaine des Réalisateurs, de la projection de Platform à 14h et d’une masterclass avec Jia Zhangke que j’aurai l’honneur d’animer. La captation filmée de cette masterclass sera ensuite disponible pendant le Festival sur le site de la Quinzaine des Réalisateurs et sur l’offre numérique ARTE Cinéma.

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