Olivier Père

Le Dahlia noir de Brian De Palma

Dans le cadre de son « printemps du polar » ARTE diffuse le lundi 23 mars à 20h50 Le Dahlia noir (The Black Dahlia, 2006) de Brian De Palma, d’après le roman de James Ellroy, lui-même inspiré de l’affaire criminelle du « dahlia noir ». Dans les années 40, à Los Angeles, Bucky Bleichert (Josh Hartnett) et Lee Blanchard (Aaron Eckhart), deux inspecteurs de police, s’attaquent à une affaire de meurtre particulièrement difficile. Une starlette, Elizabeth Short (Mia Kirshner, photo en tête de texte), a été découverte atrocement mutilée.

Josh Hartnett et Scarlett Johansson dans Le Dahlia noir

Josh Hartnett et Scarlett Johansson dans Le Dahlia noir

A la fin des années 90 et aux début des années 2000 Brian De Palma, le plus flamboyant et torturé des cinéastes américains de sa génération subit plusieurs échecs publics et critiques d’affilée aux Etats-Unis avant de réaliser Femme fatale, un intermède français passionnant par ses aspects expérimentaux mais peu enclin à le réconcilier avec les sommets du box-office. Le Dahlia noir, adaptation du célèbre roman de James Ellroy, reprise des mains de David Fincher, trop attendue par les admirateurs du romancier et du cinéaste, marqua sans doute un point de non-retour dans la relation amour haine entre l’auteur de Blow Out et Hollywood. Contraint de tourner ce projet ambitieux pour une compagnie indépendante – Millenium / Nu Image – connue pour ses films d’exploitation tournés en Europe, dans des studios bulgares et avec des financements franco-allemands, De Palma peine à retrouver les fastes et la virtuosité de son cinéma.

L’adaptation cinématographique du génial roman de Ellroy est discutable, allant jusqu’à rendre l’histoire parfois incompréhensible. L’interprétation est inégale. Avare ici en morceaux de bravoure qui firent sa réputation, De Palma se rattrape sur la vénéneuse révélation finale associant vice, meurtre et fondation de Hollywood et sur un triple assassinat dans une cage d’escalier, digne d’un « giallo » de Lucio Fulci.

In fine, le cinéaste s’approprie cette commande pas seulement par des effets de style reconnaissables entre tous mais surtout par une perversité et une lucidité politique à l’œuvre dans ses plus grandes réussites. Les essais d’actrice de Elizabeth Short filmés en noir et blanc inclus dans le film, ajout personnel de De Palma au scénario – avec l’extrait de L’homme qui rit – est une (bonne) idée et une autocitation de Murder à la Mod (1967) deuxième long métrage de Brian De Palma, alors âgé de 27 ans. Plus étonnant encore, la séquence finale de Redacted le film suivant de De Palma – l’apparition longtemps différée d’un cadavre de femme horriblement mutilé et un couple enlacé – est un copier-coller de celle du Dahlia noir. On est un cinéaste obsessionnel ou on ne l’est pas.

 

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