Olivier Père

Go Go Tales de Abel Ferrara

Go Go Tales (2007) d'Abel Ferrara

Willem Dafoe entouré des girls de Go Go Tales (2007) de Abel Ferrara

ARTE diffuse lundi 5 janvier à 22h45 Go Go Tales de Abel Ferrara, tandis qu’on peut voir sur les écrans français (sortie le 31 décembre en France) son nouveau film Pasolini, coproduit par ARTE France Cinéma. C’était l’un des rares films maudits du cinéma contemporain. Malgré une présentation en grande pompe en sélection officielle hors compétition au Festival de Cannes en 2007, Go Go Tales était demeuré invisible pendant plusieurs années, en raison d’obscurs blocages juridiques, droits musicaux et conflits avec les producteurs. Ces affaires réglées, Go Go Tales avait enfin trouvé le chemin des écrans français grâce à la persévérance du distributeur et éditeur Capricci, devenu depuis le producteur du cinéaste américain. Tourné entièrement à Cinecittà, lors de l’exil italien d’Abel Ferrara dans les années 2000, Go Go Tales succède à Mary, lui aussi tourné loin des Etats-Unis, avec des capitaux internationaux. Après la gloire dans les années 90, et une frénétique succession de chefs-d’œuvre, Ferrara a connu non pas un passage à vide mais une période plus difficile sur le plan économique après un grand film malade, New Rose Hotel, qui sonna le glas de son état de grâce auprès des financiers du cinéma indépendant américain. Go Go Tales, dans la lignée de New Rose Hotel et de 4 h44 Dernier Jour sur Terre est un film magnifique qui concentre son action dans un lieu unique, le Paradise, un club chic de « burlesque » de South Manhattan imaginé de manière très stylisée dans les fameux studios romains. Ray Ruby est le patron charismatique de ce lieu à la mode, qui doit affronter de gros problèmes de trésorerie : Tandis que les filles menacent de faire grève si elles ne sont pas payées, Ray se bat contre les propriétaires des lieux qui veulent fermer le club. A travers l’histoire du manager du club désespérément à la recherche d’argent pour que son univers nocturne et hédoniste continue d’exister, Ferrara aborde ses thèmes de prédilection : la dépendance (Ruby est un joueur invétéré, comme le bad lieutenant qui était aussi dangereusement accro aux drogues), les nuits new yorkaises, mais aussi la résistance. On a longtemps négligé la dimension politique du cinéma de Ferrara, déjà présente dans The King of New York, et qui devient plus évidente dans Go Go Tales. Le Paradise est une communauté utopique et poétique en sursis, un petit coin de paradis voué à disparaître à cause de la spéculation (comme le Chelsea Hotel auquel Ferrara consacra un documentaire quelques mois avant sa fermeture définitive.)

Ode au monde de la nuit et du spectacle, Go Go Tales est le petit théâtre d’Abel Ferrara, son French Cancan ou son Meurtre d’un bookmaker chinois à lui. Difficile de ne pas reconnaître dans le personnage de manager de Willem Defoe un alter ego de Ferrara, seul maître à bord sur ses tournages, même lorsque la barque coule, parrain bienveillant d’une troupe d’acteurs et de techniciens prêts à tous les sacrifices pour tourner avec lui. Go Go Tales, malgré sa mélancolie évidente, est aussi pour la première fois dans l’œuvre de Ferrara une franche comédie qui fuit le sordide et le désespoir pour oser les gags et l’humour le plus débridé. Pour montrer le délabrement du club, une danseuse se brûle les fesses dans une machine à bronzer défectueuse, et Ruby ne trouve rien d’autre que le Loto pour sauver le Paradise « The show must go on » et les héros de Ferrara préfèrent danser sur le volcan en attendant l’apocalypse plutôt que de renoncer à leurs rêves. Aux côtés d’un grand Willem Dafoe, la troupe de Ferrara se bouscule dans le petit décor italien, les fidèles comme les nouveaux venus : Matthew Modine, une Asia Argento volcanique (photo en tête de texte), Stefania Rocca, Riccardo Scamarcio (qu’on retrouve dans Pasolini dans le rôle de Ninetto Davoli), Bob Hopkins, Anita Pallenberg, Burt Young, Lou Doillon, Romina Power et Shanyn Leigh, qui interprètera le rôle féminin principal de 4h44 Dernier Jour sur Terre toujours avec Willem Dafoe en double de Ferrara.

 

Ce film est disponible en Replay sur ARTE+7.

 

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