Olivier Père

Le Dernier Métro de François Truffaut

Dans le cadre de son cycle François Truffaut ARTE diffuse Le Dernier Métro (1980) dimanche 2 novembre à 20h45.

L’occasion de dissiper un malentendu sur le film le plus cher et le plus gros succès commercial de François Truffaut, longtemps suspecté d’être pour ces raisons un film consensuel et académique – reconstitution rétro oblige – avec lequel le cinéaste français au sommet de sa gloire aurait rejoint une certaine « nouvelle qualité française » reposant sur le star system (le couple formé par Catherine Deneuve et Gérard Depardieu, tous deux magnifiques), reniant ainsi ses idéaux de jeunesse. Revoir aujourd’hui Le Dernier Métro en version restaurée permet de vérifier – ou de découvrir – à quel point le film de François Truffaut est une grande réussite, qui doit avant tout son triomphe populaire à ses qualités cinématographiques, et un projet tout aussi personnel que L’homme qui aimait les femmes ou La Chambre verte, même si le désir de plaire et de recueillir les faveurs du public est ici bien plus évident. Davantage que de livrer une simple version théâtrale de La Nuit américaine, Truffaut dans Le Dernier Métro entend porter un éclairage à la fois original et au plus près de la réalité sur la période de l’occupation allemande, encouragé par la découverte du documentaire Le Chagrin et la Pitié de son ami Marcel Ophuls, premier film selon Truffaut à envisager ce moment de l’histoire de France comme « un récit non légendaire ». Le Dernier Métro est placé sous le haut patronage de deux cinéastes que Truffaut admirait particulièrement et qui furent, avec Hitchcock, ses véritables maîtres : le Lubitsch de To Be or Not to Be et bien sûr Jean Renoir avec la mise en abyme entre la vie et le spectacle héritée du Carrosse d’or. L’espace confiné du Dernier Métro, fiction de l’enfermement et de la hantise d’être découvert, se répartit entre plusieurs lieux clos, de la scène aux coulisses, de chambres d’hôtel en bureaux ou boîtes de nuit, sans oublier le sous-sol du théâtre dans lequel Steiner, metteur en scène juif, se cache tout en continuant à diriger sa pièce par l’intermédiaire de son épouse, la belle Marion. Film de troupe et de groupe, d’où se détache le portrait d’une femme partagée entre deux hommes, Le Dernier Métro marque ainsi les retrouvailles de Truffaut avec Catherine Deneuve, son interprète de La Sirène du Mississippi, qui lui avait inspiré une passion malheureuse, plongeant le cinéaste dans une profonde dépression. Dix ans après leur rupture, les anciens amants se retrouvent pour une nouvelle histoire d’amour impossible, à l’écran. Dans les deux films, le personnage interprété par Catherine Deneuve se prénomme Marion. Dans la dernière scène du Dernier Métro, lorsque Catherine Deneuve donne la réplique à Gérard Depardieu pendant la représentation théâtrale de la pièce La Disparue, leur dialogue reprend presque mot pour mot celui de Belmondo et la même Deneuve à la fin de La Sirène du Mississipi :

« – Tu es belle, Eléna, si belle que te regarder est une souffrance.

–       Hier, tu disais que c’était une joie !

–       C’est une joie, et une souffrance. »

Une fois de plus, l’histoire intime de Truffaut se superpose à celle, romanesque et historique, qu’il entreprend de raconter. Ses passions mais aussi ses souffrances effleurent secrètement à la surface d’un récit rigoureusement construit mais qui ne peut sombrer, à cause de la nature obsessionnelle de son œuvre, dans les travers d’un cinéma de belle facture mais illustratif et sans aspérités.

 

Nous vous invitons à consulter notre dossier spécial François Truffaut

http://cinema.arte.tv/fr/dossier/francois-truffaut

 

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