Olivier Père

La Dernière Tentation du Christ de Martin Scorsese

ARTE diffuse lundi 20 octobre à 20h45 le célèbre film de Martin Scorsese adapté du non moins célèbre roman de Nikos Kazantzakis, qui propose un Jésus écartelé entre son humanité et sa divinité. Personne n’a oublié qu’à sa sortie en 1988, après une période de gestation et de financement longue et compliquée, La Dernière Tentation du Christ (The Last Temptation of Christ) fut victime d’une attaque des Catholiques, intégristes et extrémistes de droite qui, spécialement en France, multiplièrent les manifestations et les attentats contre ce film taxé de blasphémateur, jusqu’à incendier le cinéma Saint-Michel à Paris, causant la mort d’un spectateur.

Willem Dafoe dans La Dernière Tentation du Christ

Willem Dafoe dans La Dernière Tentation du Christ

La critique ne fut guère plus tendre, pour de toutes autres raisons, on s’en doute, en accusant Scorsese de lourdeur visuelle, de mauvais goût et surtout de bondieuserie. Il est vrai que le film ne s’embarrasse pas d’images sulpiciennes et de grands discours sur la foi. Il ose surtout des rencontres esthétiques assez abruptes entre les conventions hollywoodiennes les plus caduques (Jésus est interprété par Willem Dafoe, alors jeune acteur blond aux yeux bleus, sorte de clone rachitique de Charlton Heston) et les afféteries modernistes les plus irritantes (la world music de Peter Gabriel). Et pourtant, La Dernière Tentation du Christ s’élève largement au-dessus des deux ratages « spiritualistes » de Scorsese commis à la fin des années 90, Kundun et À tombeau ouvert.

Plutôt que de s’auto-parodier, Scorsese expérimente de nouvelles formes cinématographiques, puisées dans les origines du cinéma comme dans la modernité, entre solennité et grand guignol, imagerie respectueuse et foutoir kitsch. À revoir le film, on est frappé par l’audace souvent payante de Scorsese, son souci de filmer « à la lettre » certains épisodes des Évangiles, sa croyance dans la représentation, la puissance évocatrice des plans, l’intensité presque grandiloquente de l’interprétation. Un cinéma qui finit par évoquer l’art des pionniers du cinéma hollywoodien muet, Cecil B. DeMille et surtout King Vidor, dont la religiosité, le monumentalisme jusque dans l’intime pouvait également frôler l’hystérie. Un film à part dans l’œuvre de Scorsese et dans le cinéma américain contemporain : le cinéaste, dont certains films précédents (Bertha Boxcar, Taxi Driver, Raging Bull) offraient déjà des allégories christiques violentes et inspirées transposées dans l’Amérique du XXIème siècle, ose aborder frontalement ses obsessions religieuses et son mysticisme.

 

Le film est disponible en Replay sur ARTE+7.

 

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