Olivier Père

Still the Water de Naomi Kawase

Avec Still the Water (Futatsume No Mado) de Naomi Kawase (coproduction ARTE France Cinéma), découvert en sélection officielle lors du dernier Festival de Cannes, on retrouve la cinéaste japonaise au sommet de son art. Elle a toujours travaillé entre fiction et documentaire, souvent autobiographique. Ici la greffe entre observation du monde et esquisse romanesque est particulièrement réussie. Le film sort mercredi 1er octobre dans les salles françaises, distribué par Haut et Court.

Naomi Kawase signe un film très émouvant et poétique autour d’un couple d’adolescents sur l’île Amami Oshima, entre éveil sensuel, communion avec la nature et drames familiaux. Fascinée par l’écosystème unique de cette île subtropicale du Japon entourée d’abondants coraux d’où sa famille est originaire, Naomi Kawase explore le cycle de la vie, de la mort et de la reproduction à travers l’histoire de Ten, un garçon de quatorze ans et de son amie Kyoko.

Le film débute par la découverte d’un cadavre d’homme sur une plage, rejeté par les vagues après un violent typhon. Il se poursuit avec la lente agonie d’une femme atteinte d’un cancer qui préfère mourir chez elle, en compagnie de son mari, ancien surfeur, et de sa fille Kyoko, son lit de souffrance placé devant un arbre centenaire qui trône dans leur jardin. La mort de la mère, entourée de sa famille et de ses voisines qui entonne des chants traditionnels compte parmi les plus belles et plus intenses scènes du film.

L’un des aspects primordiaux du travail de Naomi Kawase est celui de la communion de l’homme avec les éléments naturels comme l’eau, les végétaux et les animaux, héritée des croyances ancestrales nippones.

Jun Yoshinaga und Naomi Kawase © Paul Blind

Jun Yoshinaga et Naomi Kawase à Cannnes © Paul Blind

On retrouve ce thème, ainsi que celui du deuil et de la frontière entre la vie et la mort dans Still the Water projet d’inspiration chamanique (croyance dans les dieux de la nature), qui mêle sensualité et spiritualité.

Kawase réussit particulièrement les portraits des deux adolescents : la jeune fille confrontée à la mort de sa mère en même temps que ses premiers émois sentimentaux et sexuels ; le garçon qui n’est pas encore prêt pour tomber amoureux, empêtré dans sa crise œdipienne et cherchant à comprendre les raisons du départ de son père, qu’il retrouve brièvement à Tokyo (autre très belle séquence en rupture avec le rythme de vie autarcique sur l’île.) Avec une histoire et des images aussi belles que simples Still the Water atteint une dimension cosmique.

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Jun Yoshinaga et Nijiro Murakami, les acteurs principaux de Still the Water, à Cannes  © Paul Blind

 

 

 

 

 

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