Olivier Père

Essential Killing de Jerzy Skolimowski

ARTE diffuse lundi 15 septembre à 22h30 Essential Killing (2010), dernier film en date du grand réalisateur polonais Jerzy Skolimowski.

Capturé par les forces américaines en Afghanistan après le meurtre – au lance roquette ! – de mercenaires dans le désert, un homme suspecté d’être un Taliban est envoyé dans un centre de détention tenu secret, sorte de camp de Guantánamo mis en place par la CIA en Pologne.
Lors d’un transfert en camion, il réchappe d’un accident et se retrouve en fuite dans une forêt inconnue.
Traqué sans relâche par une armée sans existence officielle, le fugitif fera tout pour assurer sa survie.

Une chasse à l'homme sans aucun répit

Une chasse à l’homme sans aucun répit

On pourrait définir l’extraordinaire Essential Killing comme un « survival » métaphysique, un phénoménal film d’action quasiment dénué de paroles, une version anti hollywoodienne du premier Rambo ou de Apocalypto de Mel Gibson transposé dans des étendues glacées, une traque sans aucun répit dans laquelle un homme seul déploie un instinct de survie inouï, luttant à la fois contre les éléments naturels et les forces ennemies déployées pour le retrouver mort ou vif. Malgré un contexte de départ brûlant Skolimovski n’est pas un cinéaste à thèse et n’a aucun message politique à délivrer. Essential Kipling tend vers l’abstraction et entend proposer une réflexion sur l’humanité, pourtant Skolimovski confère à son film une dimension physique rarement atteinte à l’écran, en osmose totale avec son personnage, ni figure héroïque, ni martyr, éprouvant la frontière qui sépare un homme d’un animal. Le film adopte le point de vue sensoriel de son protagoniste, privé de l’ouïe à la suite de la déflagration d’une explosion lors de sa capture, puis affecté comme le spectateur par la perte de ses repères et plongé dans un monde hostile et étranger où les mots n’ont pas leur place.

Jerzy Skolimowski est un cinéaste de l’énergie, mais d’une énergie vaine. Il s’agit plutôt de dépense.

Essential Killing est une histoire de désir vital en même temps qu’un voyage qui ne peut avoir d’autre issue que la mort.

Un long chemin vers la mort

Un long chemin vers la mort dans une nature glacée

Ce goût du mouvement – parfois immobile – et de l’absurde, de la fuite et de l’épuisement qui anime toute l’œuvre de Skolimovski dans ses nombreuses déclinaisons tragicomiques à travers l’Europe (Walkover, Le Départ, Deep End, Travail au noir) et les Etats-Unis (Le Bateau-phare) se retrouve démultiplié avec une rage extrême dans Essential Killing. Pour cette aventure cinématographique exceptionnelle il fallait un acteur hors du commun capable de subir et de réussir sans aucun trucage les épreuves et les actions qui repoussent les limites du danger et de l’endurance humaine. La chasse à l’homme de Essential Killing offre à Vincent Gallo (photo en tête de texte) l’opportunité d’une impressionnante et géniale performance masochiste qui lui vaudra la Coupe Volpi du meilleur acteur à la Mostra de Venise.

 

Essential Killing sera disponible en Replay sur ARTE+7, profitez-en !

 

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