Olivier Père

Les Amants du Pont-Neuf de Leos Carax

Dans le cadre de son cycle consacré à Leos Carax ARTE diffuse dans une version remasterisée HD Les Amants du Pont-Neuf (1991) le lundi 8 septembre avec 20h50 (suivi de Mauvais Sang à 22h50).

C’est l’histoire d’un amour fou entre deux jeunes gens, Alex, cracheur de feu qui vit dans la rue comme un animal sauvage et Michèle, belle vagabonde en situation de rupture et sur le point de devenir aveugle, sur plusieurs années – de 1989 à 1991, avec comme décor central, refuge des deux amants, le plus vieux pont de Paris (en rénovation dans le film), le Pont-Neuf, et ses environ. Mais aussi le métro, la Seine et les rues de la capitale, ou le centre d’accueil des clochards – on ne disait pas encore SDF – de Nanterre, dans une impressionnante séquence au début du film.

 

Voilà un film injustement embarrassé par la catastrophe, les mésaventures tragiques et le gouffre financier de son tournage, devenu mythique, véritable légende négative de tout ce qui peut arriver de pire à un réalisateur et ses producteurs, au point que la réussite artistique exceptionnelle des Amants du Pont-Neuf, les interprétations géniales de Denis Lavant et Juliette Binoche furent éclipsées dès la sortie du film par sa longue et douloureuse gestation. Reçu à l’époque comme une œuvre forcément déceptive car trop attendue, et forcément malade à cause de ses nombreux incidents de parcours, Les Amants du Pont-Neuf échappe pourtant à toutes les lourdeurs des superproductions boiteuses, traversé par les fulgurances poétiques du Carax de Boy Meets Girl et Mauvais Sang, mais aussi beaucoup plus émouvant, lyrique, spectaculaire et intime que ses deux films précédents. Au-delà de son ample beauté, de sa forme capable de charrier des images hétérogènes allant de la simplicité documentaire à la reconstitution monumentale, Les Amants du Pont-Neuf est un superbe mélodrame au propos intemporel – l’amour et la création – avec des ressorts dramatiques comme la cécité de l’héroïne, la misère la plus noire et les coups de matraque du destin – qui inscrivent le film dans une généalogie directe avec les chefs-d’œuvre de Charles Chaplin et d’Abel Gance, sans doute le seul cinéaste français vraiment visionnaire qui fut capable comme Carax de défier la bienséance et d’oser le sublime, quitte à se brûler les ailes.

 

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