Olivier Père

Cannes 2014 Jour 8 : Mercuriales de Virgil Vernier (ACID)

Après plusieurs courts et moyens métrages Virgil Vernier signe un premier long métrage remarquable qui l’impose comme l’un des talents les plus originaux du nouveau cinéma français.

Les Mercuriales sont ces deux tours jumelles situées Porte de Bagnolet. Dans la banlieue parisienne elles ressemblent à un ersatz du World Trade Center (même architecture orgueilleuse) et évoquent des totems d’une grandeur déchue, symboles de la crise. C’est dans ce paysage sinistré qu’évoluent les héroïnes et héros du film, deux filles et un garçon d’une vingtaine d’années dont les rêves et les illusions se heurtent à la réalité de la société française d’aujourd’hui.

Pourtant Virgil Vernier se tient très éloigné d’une approche naturaliste, documentaire ou sociologique. Tel qu’il le met en scène Mercuriales tient davantage du récit mythologique que de la chronique sociale, filmant ses jeunes protagonistes comme des princesses, des magiciennes et des guerriers égarés dans un univers parallèle en forme de jungle urbaine.

Il présente d’ailleurs son film ainsi : « Cette histoire se passe en des temps reculés, des temps de violence.
Partout à travers l’Europe une sorte de guerre se propageait.
Dans une ville il y avait deux sœurs qui vivaient… »

Les premières images du film, à la fois concrètes et hallucinantes, dans les entrailles souterraines d’acier et de béton des tours, avec en fond sonore le rock électronique expérimental de James Ferraro, nous plongent immédiatement dans une ambiance pré apocalyptique digne de John Carpenter ou George A. Romero.

Comme à son habitude Virgil Vernier a souhaité confier l’interprétation de son film à des comédiens non professionnels (les formidables révélations Philippine Stindel et Ana Neborac en filles du feu et de la nuit) et a tourné en 16mm, pour rompre avec une esthétique et une imagerie numériques contemporaines et donner une dimension intemporelle à Mercuriales. Pari réussi, la photographie de Mercuriales est sensationnelle.

Mercuriales de Virgil Vernier (ACID)

Philippine Stindel et Ana Neborac, héroïnes de Mercuriales de Virgil Vernier (ACID)

Mercuriales est produit par Jean-Christophe Reymond (Kazak Productions), déjà complice des précédents films de Virgil Vernier, coproduit par ARTE France Cinéma, et sera distribué en salles par Shellac.

 

Virgile Vernier et ses actrices Ana Nebora et Philippine Stindel  © Paul Blind

Virgile Vernier et ses actrices Philippine Stindel et Ana Neborac © Paul Blind

 

Catégories : Actualités · Coproductions

Un commentaire

  1. Jean-Pascal Mattei dit :

    La banlieue fantastique ? « De bruit et de fureur », bien sûr, sans tours jumelles mais avec un ange blond (Fabienne Babe, vue aussi chez Christine Pascal). On pense également, sous une autre forme, au prophétique « L’Amour existe » de Pialat (1961), dont il faut absolument lire le commentaire off ci-dessous :
    http://www.passant-ordinair

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *