Olivier Père

Cannes 2014 Jour 6 : Maps to the Stars de David Cronenberg (Compétition)

Le nouveau Cronenberg Maps to the Stars possède la liberté des films des grands cinéastes arrivés à un stade de leur carrière où ils n’ont plus rien à prouver, où le principe de plaisir prédomine et qui trouvent une seconde jeunesse au contact d’une histoire qui ne leur appartient pas, tout en restant effrontément les mêmes, fidèles à leurs obsessions et à leurs convictions. Cronenberg n’a jamais tourné de film à Hollywood, il s’est toujours tenu à l’écart des studios, et sa seule tentative de superproduction américaine, Total Recall d’après Philip K. Dick s’est soldée par un « development hell » de plusieurs années dont on connaît la conclusion. Cronenberg est canadien, donc à bonne distance des Etats-Unis, avec un regard mi critique, mi ironique et sans la moindre fascination. Sa rencontre avec le scénario de Bruce Wagner, connu pour la série « Wild Palms » accouche d’un film décapant et implacable et il faut parfois se pincer pour être surs de ce que l’on a vu et entendu sur l’écran, tant les personnages et les situations atteignent un niveau élevé de perversité et de démence. Maps to the Stars s’inscrit dans une lignée de films sur Hollywood nouvelle Babylone ou Sodome, comme Boulevard du crépuscule, The Player ou Mulholland Drive. Cronenberg va encore plus loin que ces grands films car il n’accorde aucun crédit à la machine à rêve hollywoodienne, qui fonctionne désormais à vide, totalement dévitalisée de son talent et même de sa capacité à enchanter les masses, occupées à suivre les frasques des célébrités sur internet. Maps to the Stars est littéralement une cartographie du cinéma hollywoodien maintenant, c’est-à-dire dans un état de mort cérébrale, maintenu artificiellement en vie grâce à des suites, remakes… Cronenberg définit l’histoire d’inceste au cœur de Maps to the Stars comme une métaphore de l’industrie hollywoodienne incapable de se renouveler, engendrant des films malades ou dégénérés. Ceux qui parlent de rupture dans l’œuvre de Cronenberg n’ont pas vu que le cinéaste canadien n’avait jamais cessé de mettre en scène des monstres dans des films d’horreur.

Julianne Moore et Mia Wasikowska

Julianne Moore et Mia Wasikowska

Dans Maps to the Stars les monstres sont humains, ce qui le rend encore plus terrifiants. Une actrice vieillissante hystérique (géniale Julianne Moore), un enfant star sortant de sa troisième cure de désintoxication sont les plus effrayants spécimens de cette galerie de monstres peuplée de parasites, d’anges déchus et même de fantômes. Ils règnent en tyrans sur un monde où triomphe le faux, le cynisme, la folie et l’argent. L’originalité du regard de Cronenberg sur ce bûcher des illusions est son absence de distance satirique, son refus de toute forme de glamour, même morbide. Il filme Los Angeles au ras du bitume, capte certains clichés de Hollywood pour mieux en montrer la banalité. Maps to the Stars est un film d’horreur documentaire, qui n’exclut pas l’émotion et la poésie, avec l’utilisation inattendue des vers de Paul Eluard, cette « liberté » dont on écrit le nom mais qu’on ne trouve plus que dans la mort.

Le film sort le 21 mai dans toute la France, distribué par Le Pacte.

 Mia Wasikowska

Mia Wasikowska

Catégories : Actualités

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