Olivier Père

Irène d’Alain Cavalier

 

En souvenir de Fabienne Vonier

 

ARTE diffuse cette nuit à 0h11 le très beau film d’Alain Cavalier, Irène (2009), une coproduction ARTE France Cinéma, Caméra One (Michel Seydoux) et Pyramide (Fabienne Vonier, disparue le 30 juillet dernier.)

Alain Cavalier feuillette son journal intime écrit sur des carnets au début des années 70 et appréhende la date du 16 janvier 1972, jour de la mort de sa compagne, l’actrice Irène Tunc, décédée dans un accident de voiture. Débute alors un travail de mémoire, de culpabilité, de souffrance et de deuil qui va s’attacher à revisiter les lieux que le couple avait l’habitude de fréquenter, ou la maison de campagne dans laquelle le cinéaste a vu la femme aimée pour la dernière fois… Un travail douloureux en forme d’auto-analyse qui va faire ressurgir des détails, des impressions, des souvenirs et provoque aussi des réactions psychosomatiques qui affectent le corps d’Alain Cavalier : il n’y a plus d’intermédiaires entre le cinéaste, son film et les spectateurs, la peau du cinéaste et l’écran sur lequel est projeté le film.

Cavalier engage une conversation intime avec sa propre vie, les spectateurs, mais aussi avec le médium cinéma lui-même : il fut l’un des premiers cinéastes à abandonner l’argentique pour le numérique, les tournages classiques pour une nouvelle façon, libre, solitaire et autonome de faire des films grâce aux petites caméras. Sans jamais aborder frontalement l’autoportrait, Cavalier parle de lui et se met en scène dans des films proches de l’ascèse, où décors, vedettes et signes extérieurs de richesse ont disparu. Irène est une expérience de film à la première personne, de caméra stylo où l’esthétique du retranchement chère à Cavalier atteint son paroxysme : disparition de l’équipe (derrière la caméra il n’y a plus que le cinéaste – ou plutôt le filmeur – sans aucun intermédiaire entre lui et son film, lui et ses spectateurs), disparition presque totale de la figure humaine, disparition du scénario classique (le film appartient à la catégorie de l’essai cinématographique dans laquelle Cavalier est passé maître.) On notera que des visages de femmes essaient sans succès de palier à l’absence de la défunte dont la mort ne passe pas : une photo de Sophie Marceau  – Cavalier confesse qu’elle est la seule actrice qu’il a envie de filmer, une jeune femme à laquelle il pense un moment pour incarner Irène, ou Catherine Deneuve dans un court extrait de La Chamade (film dans lequel Irène Tunc apparaissait.) Deneuve et son partenaire jouent une scène dans ce magnifique film réalisé en 1968 directement inspirée par un épisode de la vie privée de Cavalier et Irène Tunc. Plus étrangement, Irène débute par un plan du corps de la mère d’Alain Cavalier filmée dans son cercueil, et se termine par une allusion troublante à une possible hostilité maternelle envers la défunte. Comme si ce film ouvrait des pages secrètes du roman familial et œdipien du cinéaste…

 

Belle soirée dédiée au meilleur du cinéma d’auteur français. A 20h50, ARTE diffuse Un conte de Noël d’Arnaud Desplechin, à l’occasion de la sortie en salles aujourd’hui de son nouveau film Jimmy P. (psychothérapie d’un indien des plaines.) Lire notre critique postée au moment du Festival de Cannes.

https://www.arte.tv/sites/olivierpere/2013/05/21/cannes-2013-jour-7-jimmy-p-psychotherapie-dun-indien-des-plaines-darnaud-desplechin-selection-officielle-competition/

 

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