Olivier Père

Cannes 2013 Jour 5 : L’Image manquante de Rithy Panh (Sélection officielle – Un Certain Regard)

Chaque nouveau documentaire – parlons plutôt d’essai – de Rithy Panh propose l’invention puis la mise à l’épreuve d’une nouvelle forme cinématographique pour parler toujours du même sujet, obsédant : l’oppression terrible et les crimes de masse dont fut victime le peuple cambodgien sous le régime sanguinaire de Pol Pot entre 1975 et 1979, et qui coûta la vie aux parents du cinéaste, lui même rescapé des camps de travail quand il était enfant.

Les Khmers rouges produisirent des images de propagande mais détruisirent toutes les autres : celles, fictionnelles, qui pouvaient rappeler la vie au Cambodge avant leur arrivée (les images de divertissement et de l’industrie cinématographique nationale) et celles, documentaires, qui pourraient un jour témoigner des horreurs du génocide, des camps de rééducation et de l’esclavage.

L'Image manquante

L’Image manquante

Rithy Panh a longtemps cherché cette « image manquante » avant de comprendre que cette béance était la raison d’être de son travail de cinéaste. Le cinéaste est celui qui fabrique des images – au présent – pour comprendre le passé. L’essayiste qui fait correspondre plusieurs valeurs d’images à l’intérieur du même film pour créer du sens et pas seulement illustrer : images fabriquées, images d’archives, de propagande, et ces fameuses marionnettes tristes, bouts de bois qui réveillent le souvenir.

Rithy Panh (© Paul Blind)

Quand on a vécut encore enfant l’horreur de la violence et de la déshumanisation, ces images peuvent s’incarner dans des fétiches, des jouets fabriqués à la main. C’est l’idée magnifique du film de Rithy Panh qui évoque la dictature Khmers au travers de scènes vécues par le cinéaste et reconstituée dans un théâtre de marionnettes pour enfants.

Ainsi le souvenir acquiert une matérialité, une incarnation concrète et artisanale et L’Image manquante permet au travail de mémoire de Rithy Panh de s’accomplir d’une manière aussi inattendue que poétique et émouvante.

Rithy Panh (© Paul Blind)

« Certaines images doivent manquer toujours, toujours être remplacées par d’autres : dans ce mouvement il y a la vie, le combat, la peine et la beauté, la tristesse des visages perdus, la compréhension de ce qui fut ; parfois la noblesse, et même le courage : mais l’oubli, jamais. » (Rithy Panh)

L’Image manquante est produit par Catherine Dussart, fidèle à Rithy Panh depuis de nombreux films, et coproduit par ARTE France.

 

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