Olivier Père

Bonjour tristesse de Otto Preminger

Bonjour tristesse (1958) est diffusé ce soir sur Arte, à 23h. Signé Otto Preminger, c’est un chef-d’œuvre méconnu du cinéma américain des années 50, et un titre un peu à part dans la filmographie d’un de nos cinéastes de chevet. Comme le souligne Jacques Lourcelles dans son « Dictionnaire des films » (collection Bouquins, éditions Robert Laffont), Bonjour tristesse est à cheval entre les deux périodes de la carrière de Preminger, les films noirs hollywoodiens, centrés sur des études psychologiques – et souvent féminines – très subtiles, et les grandes fresques internationales sur des sujets historiques ou politiques. Bonjour tristesse est le seul film de Preminger qui utilise la forme de ces dernières (Cinémascope et Technicolor) pour raconter une histoire infiniment intime, dénuée de spectaculaire, autour d’une relation père fille et des émois amoureux d’une jeune adolescente de la bourgeoisie française, d’après le célèbre premier roman de Françoise Sagan. Modèle d’adaptation, le film est fidèle à l’esprit, sinon à la lettre du livre, mais réussit à lui donner une forme plus cinématographique, grâce au génie de la mise en scène de Preminger. Bonjour tristesse est raconté en flash-back, et les images de Paris en noir et blanc du début contrastent avec les couleurs rayonnantes de la Méditerranée, dans les souvenirs de la jeune Cécile, vieillie prématurément par les événements décrits par le film.

Bonjour tristesse

Bonjour tristesse

La beauté visuelle du film, sa modernité, sa picturalité (influence discrète de Matisse) frappent toujours le spectateur et Le Mépris de Godard – omniprésence de la mer, accident de voiture – ne serait sans doute pas le même si le cinéaste n’avait pas autant admiré Preminger. Jean Seberg, pour la deuxième fois devant la caméra du cinéaste, apporte la confirmation que Preminger était un Pygmalion génial et un immense directeur d’actrices. Malgré les nombreuses jeunes débutantes qui apparaîtront dans les films de Preminger de la fin des années 50 et des années 60, Jean Seberg demeurera sa plus importante et remarquable découverte.

 

Catégories : Sur ARTE

3 commentaires

  1. Jean-Pascal Mattei dit :

    Un sous « Mépris » adapté de la littérature bourgeoise la plus dispensable. Mieux vaut revoir « Un si doux visage » ou bien, par curiosité perverse, le « Kill ! » de Gary.

    • olivierpere dit :

      Non, une leçon de mise en scène. Peut-être moins génial que « Le Mépris » et « Un si doux visage », mais à des années-lumière de « Kill « !

      • ballantrae dit :

        Oui, film souvent mal aimé Bonjour tristesse est intéressant à plusieurs titres y compris pour ses choix d’adaptation d’un roman que je ne mettrai pas au sommet (occupé par bien d’autres bien sûr pour ne prendre que le XX ème: Proust, Bernanos, Gracq,Céline, Giono, Perec, Aragon, Des Forêts,Cendrars, Cl Simon, etc…) mais qui garde un peu d’élégance malgré le passage des ans ( pas moins que certains textes de T Capote qui est aussi un mondain).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *