Olivier Père

Gerry Anderson (1929-2012)

Nous ne quittons décidemment pas le domaine de la science-fiction, après Soleil vert et L’homme qui rétrécit, en saluant la mémoire du producteur anglais Gerry Anderson qui vient de disparaître le lendemain de Noël à l’âge de 83 ans. Mais pour une fois nous nous éloignons du cinéma, même sous ses formes les plus dégradées, pour nous intéresser à des images d’abord créées pour la télévision, qui renvoient aux jeux de l’enfance (du côté sain) ou de la régression collectionnite (du côté pervers). Le nom de Gerry Anderson était connu et apprécié des téléphages amoureux des séries britanniques, des maniaques de la science-fiction, des collectionneurs de gadgets et des cinéphiles modélistes. Et de personne d’autre. Mais nous pouvons nous inclure au moins dans la seconde catégorie.

L'Odyssée du cosmos : le plastique c'est fantastique

L’Odyssée du cosmos : le plastique c’est fantastique

Gerry Anderson restera pour la postérité le créateur de la fameuse série des Thunderbirds (en France, Les Sentinelles de l’air), l’une des plus originales créations télévisuelles des années 60. Gerry Anderson  se spécialisera dans les « puppet series » (séries de science-fiction entièrement interprétées par des marionnettes). Pour les néophytes Thunderbirds (1964-1966) marque une date importante dans l’histoire des séries télévisées. Dans un futur de magasin de jouets, la famille Tracy, à la tête d’une organisation secrète, « Rescue International », veille à la sécurité du monde et empêche à chaque nouvel épisode catastrophes aériennes, sabotages et accidents en tous genres grâce à leur armada de vaisseaux spatiaux. Les trucages, les décors miniatures et les maquettes sont incroyablement jolis et soignés. Anderson s’entoure à l’époque d’équipes de techniciens qui vont apporter de nombreuses innovations dans le domaine des effets spéciaux (certains d’entre eux travailleront, en toute logique, sur le 2001 : l’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick). Mais Gerry Anderson, fidèle à ses marottes, a l’idée un peu folle de faire interpréter tous les rôles par des marionnettes hydrocéphales (leurs têtes disproportionnées leur conférant une expressivité plus immédiate.) Certaines sont devenues des vedettes – à leur petite échelle – comme Lady Penelope, la muse des Tracy. Depuis longtemps cette série britannique, qui s’adressait principalement aux enfants, fait l’objet d’un culte, au même titre que Chapeau melon et bottes de cuir ou Le Prisonnier, en raison de son extraordinaire univers visuel et de son ambiance « lounge », quelque part entre James Bond, Quatermass, docteur Who… Bref, un condensé ludique de tout ce que la sous-culture pop anglaise a inventé de plus drôle, tape-à-l’œil et cinglé. Et d’hermétique aussi (on a le droit de trouver ça complètement débile). Devant l’engouement immédiat du public pour la série, Gerry Anderson ne résistera pas à la tentation d’une transposition sur grand écran, avec deux super épisodes de 90 minutes, L’Odyssée du cosmos (Thunderbirds Are Go, 1966) et Thunderbirds et Lady Penelope (Thunderbirds Six, 1968) en Technicolor, CinemaScope et Supermarionation (le procédé inventé par Anderson) s’il vous plaît. On peut être aussi bien fasciné que consterné par le travail minutieux et la passion artisanale consacrés à un projet aussi délirant : une véritable ode au plastique où tout et faux, mis à part l’eau et quelques inserts (les gros plans de mains sont authentiques, ce qui donne lieu à des raccords incroyables). Les scénarios de ces deux films, qui ne sont guère palpitants (une mission sur Mars dans L’Odyssée du cosmos, un tour du monde en dirigeable dans Thunderbirds et Lady Penelope) servent de prétexte à une démonstration de trucages et de décors charmants. De pures images d’ambiance pour accompagner une soirée cocktails Martini ou une réunion Tupperware.

Gerry Anderson développera par la suite ses activités avec d’autres séries d’animation qui ne rencontreront pas toujours le même engouement et au moins deux projets « live » (en prises de vue réelles) qui méritent qu’on s’y arrête :

Danger, planète inconnue

Danger, planète inconnue

Danger, planète inconnue (Doppelgänger / Journey to the Far Side of the Sun, 1969) de Robert Parrish, un long métrage de science-fiction par un spécialiste du film noir et du western qui utilisait le même type de maquettes que Thunderbirds mais cette fois-ci combinées avec des plans mettant en scène de vrais acteurs (Roy Thinnes, Herbert Lom, Ian Hendry…) Au-delà de la qualité de ses trucages cette histoire d’espionnage futuriste est devenu un petit classique de la science-fiction, hélas éclipsé par la sortie de 2001, l’odyssée de l’espace, en raison de l’originalité de son scénario (écrit par Anderson lui-même, avec son ex femme Sylvia qui prêtait aussi sa voix à Lady Penelope), aux perspectives philosophiques vertigineuses : la découverte accidentelle par un cosmonaute d’une planète de l’autre côté du soleil qui se révèle être une planète miroir de la Terre, où tout est identique mais inversé. Un postulat qui sera repris en 2011 dans le film indépendant américain Another Earth.

L’autre titre de gloire de Gerry Anderson c’est évidemment la série Cosmos: 1999 (Space: 1999, 1975-1977) avec Martin Landau et Barbara Bain en couple vedette à la tête de la base lunaire Alpha (voir photo en tête d’article.) Cette réponse britannique à Star Trek est un « must » de la science-fiction télévisuelle, et baigne dans une esthétique qui fleure bon le psychédélisme des années 70, avec décors galactiques, abus de l’objectif « fish eye » et scénarios délirants. On retrouve aux manettes des 48 épisodes de la série quelques bons réalisateurs anglais, parfois rescapés des studios Ealing, Hammer ou Amicus : Charles Crichton (le plus assidu avec 14 épisodes au compteur), Val Guest, Peter Medak ou Kevin Connor. Le thème du générique composé par Barry Gray, mélange de disco et de musique symphonique a largement contribué à la popularité de cette série qui a marqué toute une génération de téléspectateurs malgré sa courte vie (seulement trois saisons à cause de son insuccès aux Etats-Unis.)

Cosmos: 1999

Cosmos: 1999

 

 

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