Olivier Père

Soleil vert de Richard Fleischer

Soleil vert (Soylent Green, 1973) de Richard Fleischer est diffusé sur Arte ce soir à 20h50. Calendrier Maya oblige. Ceci dit quand on voit ce que l’avenir proche nous réserve selon Soleil vert on aimerait vraiment que cela pète une bonne fois pour toutes, comme dans Melancholia, pour éviter le pire et partir en beauté, avant que la vie sur Terre ne se transforme en cauchemar. Car Soleil vert n’est pas sur la fin du monde mais sur la catastrophe au quotidien, la lente mais inexorable destruction de la planète et des ressources naturelles, et avec elles de la démocratie et des fondements moraux qui régissent la civilisation humaine.

L'affiche française de Soleil vert, qui longtemps a orné un mur de ma chambre d'adolescent

L’affiche française de Soleil vert, qui longtemps a orné un mur de ma chambre d’adolescent

Découvert adolescent sur écran géant lors d’une nuit du cinéma dans une vieille salle de province, dans toute sa dimension spectaculaire et émotionnelle, Soleil vert est toujours l’un de mes films de science-fiction préférés. 2022. La planète est ravagée par la pollution et la surpopulation. Les habitants de New York ne survivent que grâce à la nourriture synthétique fabriquée par la compagnie Soylent. Un policier (Charlton Heston) enquête sur le meurtre de l’ancien directeur de Soylent (Joseph Cotten). Ce grand film des années 70 s’inscrit dans le courant catastrophiste : ici, c’est la surpopulation et la pollution qui inspirent aux scénaristes une vision apocalyptique du futur qui débouche sur une révélation horrible. Sans effets spéciaux mais avec beaucoup d’intelligence et des scènes inoubliables (le générique constitué de photographies et d’images documentaires racontant l’histoire du XXe siècle à travers l’industrialisation et la destruction de la nature, les manifestants dispersés à l’aide de bulldozers, la mort d’Edward G. Robinson, le seul ami de Charlton Heston dans le film, qui choisit l’euthanasie lorsqu’il découvre l’effroyable vérité), Soleil vert a très bien vieilli à la différence d’autres films d’anticipation réalisés avant ou après lui parce que sa mise en scène, son histoire et son interprétation sont exceptionnelles et qu’il ne repose pas sur des trucages réussis.

Charlton Heston et Edward G. Robinson (dans son dernier rôle)

Charlton Heston et Edward G. Robinson (dans son dernier rôle)

C’est une magnifique contribution de Richard Fleischer à la science-fiction, mais aussi à la mode des thrillers paranoïaques dans le cinéma américain des années 70. Soleil vert reflète le pessimisme du cinéaste dans cette décennie avec des films aussi remarquables que Les Complices de la dernière chance ou Les flics ne dorment pas la nuit. Il existe d’ailleurs au moins un point commun important entre ce dernier titre et Soleil vert, celle d’une amitié virile et d’une relation père fils entre deux hommes d’âges différents, avec le suicide de l’aîné en cours de film, et l’autodestruction du personnage principal, broyé par la violence de la réalité, brûlé tel Icare pour avoir approché la vérité de trop près et victime de son idéalisme en butte à la corruption généralisée. Une preuve nouvelle que derrière une versatilité de façade l’œuvre de Fleischer dissimule une cohérence et une constance d’inspiration, un humanisme inquiet, sincère mais sans illusion qu’il faudra bien un jour saluer avec encore plus de véhémence.

 

Au sujet de Richard Fleischer, j’ai découvert grâce au récent supplément du Monde sur Salvador Dalì que le génial artiste catalan avait participé à la conception de l’univers visuel du Voyage fantastique qui se déroule, comme chacun sait, en grande partie à l’intérieur d’un corps humain. J’ignorais totalement cette collaboration hollywoodienne de Dalì, moins connue que celles avec les Marx Brothers, Hitchcock et Walt Disney, et l’idée d’une hypothétique rencontre entre Dalì et Fleischer, deux personnalités si opposées mais que j’admire tant, me réjouit.

Au sujet de Fleischer encore, lorsque je suis allé à Los Angeles pour la première fois de ma vie, en 2005, pour la Quinzaine des Réalisateurs et à l’occasion de l’American Film Market, le seul réalisateur hollywoodien que je voulais rencontrer était Richard Fleischer, dont j’avais réussi à me procurer le numéro de téléphone par l’intermédiaire de Pierre Rissient. J’avais à l’époque le projet de programmer tous les films de Fleischer à la Cinémathèque française pour la première grande rétrospective de son œuvre. Hélas j’arrivais trop tard. La voix au bout du fil n’était pas celle de Fleischer et elle m’informait qu’il n’était plus possible de parler avec le cinéaste dont la carrière avait commencé à l’orée des années 40. Richard Fleischer est décédé quelques mois plus tard, le 25 mars 2006, tandis que l’hommage à la Cinémathèque eut lieu à partir du 31 mai de la même année.

Catégories : Non classé

Comments