Olivier Père

4 Mouches de velours gris de Dario Argento

La sortie le 5 décembre en Blu-ray et DVD dans une édition d’excellente qualité chez Wild Side de 4 Mouches de velours gris (4 mosche di velluto grigio, 1971) est un événement pour les admirateurs de Dario Argento car ce film était l’un des moins faciles à voir de la première période du cinéaste. En effet pour d’obscures raisons de droits 4 Mouches de velours gris n’avait pas bénéficié de la brillante seconde ou troisième carrière que la plupart des films d’Argento connurent grâce à la VHS, le DVD puis le Blu-ray. Il n’en existait depuis les années 80 qu’une mauvaise cassette vidéo au format recadré alors que Dario Argento fut dans les années 70 l’un des cinéastes à choisir avec le plus d’inventivité l’écran large, sans parler de son utilisation expressive de la couleur, du son et de la musique (splendide colonne sonore tour à tour angoissante et mélancolique d’Ennio Morricone pour le film qui nous intéresse.)

4 Mouches de velours gris

4 Mouches de velours gris

C’était d’autant plus dommage que 4 Mouches de velours gris est sans doute le meilleur titre de la « trilogie animale » qui marqua les débuts d’Argento. Les trois premiers thrillers horrifiques de Dario Argento, L’Oiseau au plumage de cristal (1970, film initialement prévu pour Terence Young), Le Chat à neuf queues (1971) et 4 Mouches de velours gris la même année sont des exercices antoniono-hitchockiens dans lesquels le jeune cinéaste italien s’amuse à tromper les sens des spectateurs grâce à d’astucieuses trouvailles de scénario et de mise en scène.

Beaucoup moins impressionnants que Les Frissons de l’angoisse, Suspiria, Inferno, Ténèbres et Phenomena, les deux premiers films d’Argento n’ont pas très bien vieilli, mais demeurent d’honnêtes séries B stylisées, jonchées de références cinéphiles et de détails sadiques, avec de belles mélodies morriconiennes. 4 Mouches de velours gris est le plus intéressant du lot car c’est un film assez personnel qui clôt cette première trilogie criminelle et maniériste en complexifiant le matériau d’origine (des enquêtes policières où l’effet de surprise repose sur l’identité du criminel et ses techniques de meurtres) entre deux citations de Fritz Lang et Jacques Tourneur. 4 Mouches de velours gris est aussi l’histoire d’un jeune couple qui se désagrège, à cause des infidélités de l’homme, un musicien flegmatique (Michael Brandon, sosie de Dario Argento) et des angoisses de la femme (Mimsy Farmer à la beauté androgyne). Argento ne fit aucun mystère de la dimension autobiographique de cette histoire. La conclusion du film achève de transformer 4 Mouches de velours gris en cauchemar misogyne. C’est également la première fois qu’Argento ajoute des épisodes comiques à un film reposant sur des morceaux de bravoure terrifiants, conférant à son récit un rythme étrange, entre nonchalance et hallucination, qui sera aussi celui des Frissons de l’angoisse. 4 Mouches de velours gris propose ainsi des plages décontractées avec Jean-Pierre Marielle en détective homosexuel avouant n’avoir jamais résolu une seule enquête ou Bud Spencer en clochard philosophe surnommé « Dieu ». Après le ratage de sa comédie historique Le cinque giornate, Argento abandonnera ces intermèdes rigolos pour se concentrer exclusivement sur l’horreur et la violence pour lesquelles il était beaucoup plus doué, avant de sombrer dans l’humour involontaire, mais ceci est une autre histoire…

Parmi les points forts de 4 Mouches de velours gris on se souviendra d’une scène de rêve en flash back qui révèle sa signification lors du dénouement sanglant du film : sur une place inondée de soleil, dans un pays du Moyen-Orient, un bourreau va trancher la tête d’un homme au sabre lors d’une exécution publique. La scène évoque la peinture futuriste de De Chirico mais aussi le célèbre flash back traumatique d’Il était une fois dans l’ouest de Sergio Leone, coécrit par Argento et Bertolucci. Chez Argento rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme…

La preuve qu'Argento ne sait pas compter...

La preuve qu’Argento ne sait pas compter…

L’autre scène mémorable est évidemment celle qui donne son titre au film : la police scientifique décide de prélever une empreinte de l’œil de la dernière victime du mystérieux tueur afin de découvrir les dernières images enregistrées sur la rétine du cadavre. Il s’agit de quatre taches en forme de mouches…

Le principe de la persistance rétinienne étant à la base même du cinéma, on a le droit de trouver l’idée très belle, en parfaite adéquation avec le projet de Dario Argento : cacher la vérité à l’intérieur d’une image.

A noter que l’on retrouve la même idée dans un film d’horreur anglo-espagnol sorti un an plus tard, Terreur dans le Shanghaï Express d’Eugenio Martin, avec Christopher Lee, Peter Cushing et Telly Savalas. Dans cette très sympathique série B le postulat est encore plus délirant et même poétique : les images recueillies sur la rétine d’une créature simiesque décongelée, des galaxies dans l’univers, amènent à la conclusion suivante : le monstre était un extraterrestre !

 

 

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6 commentaires

  1. ballantrae dit :

    Autre excellente idée de programmation!

  2. F. Bouvat dit :

    Cet Argento vaut de l’or ! (en tout cas, c’est mon préféré)
    Sera t-il en Arte +7 ?

  3. Matthieu Coutarel dit :

    Bonjour à vous! J’ai une question? Ayant vu le film sur arte lors de sa diffusion jeudi 29/10, il me semble que le film comportait quelques passages supplémentaires (avec un doublage récent!) qui ne se trouve pas sur le Blu-ray et DVD Wild Side! Est-ce le fruit de mon imagination?

    • olivierpere dit :

      Je ne peux pas vous le dire n’ayant pas revu le film sur ARTE ni le DVD récent chez Wild Side, mais c’est possible. Les version italiennes des films de Argento sont souvent beaucoup plus longues que les montages exploités à l’étranger. Souvent ce sont des scènes de dialogues ou de comédies supplémentaires, des prologues ou des épilogues. Une première édition VHS sortie en France du film avait fait presque disparaître les interventions comiques de Bud Spencer
      Comme la copie diffusée sur ARTE est un apport allemand, il est possible qu’elle soit différente et plus longue que la version distribuée en France, plus proche de la version italienne. Cela voudrait-il dire que la version éditée par Wild Side n’est pas la version intégrale italienne ? Cela m’étonne… J’ai vu plusieurs fois la version intégrale au cinéma, je vais vérifier avec le DVD Wild Side si elles sont différentes…

      • Matthieu Coutarel dit :

        je confirme, certains passages diffusés sur Arte ne se trouve pas sur les éditions Wild Side, d’après DVDClassik « les éditions britanniques et allemandes proposent des inserts (de piètre qualité) visant à compléter encore le métrage, de moins d’une minute en tout et pour tout ». Certainement la copie utilisée pour la diffusion sur Arte!

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