Malgré les milices, malgré la torture, les méthodes d’emprisonnement abusives, bien des pays misent sur la Libye pour appliquer une politique de stricte rétention des flux migratoires. Et ça fonctionne ! En partie, si l’on en croit les chiffres qui indiquent une réduction de la moitié des départs. Mais à quel prix ? Les Libyens ont, pour la première fois depuis des années, décidé d’ouvrir les portes de leurs centres de détention à la réputation si mauvaise. Ils voudraient nous montrer que c’est correct. "On les nourrit deux fois par jour". Vrai, mais dans le centre de Bir Ghanem ou de Tajourah que nous avons pu visiter, les migrants sont aux abois. Certains arrêtés en mer deux jours auparavant supplient déjà pour rentrer chez eux. D’autres y croupissent depuis un an. Beaucoup appellent au secours, se plaignent de devoir payer pour sortir et d’être bloqués indéfiniment, dans de grands hangars à l’odeur infernale. Ceux qui en sortent témoignent de la corruption qui s’y pratique, du racisme total de la plupart des Libyens, et des tortures endurées pendant la route, par les passeurs.
Dans le désert, notre équipe a suivi ceux qui les combattent : la brigade 444. A force de patrouille, ils ont "brûlé" la route des passeurs qui ont renoncé à l’emprunter. Leurs convois la contournent, pour se glisser par d’autres chemins de traverse et grâce à la complicité active d’autres acteurs sécuritaires jusqu’aux plages de départ. Là-bas, on y ramasse quotidiennement des cadavres de malchanceux. Ceux qui ont la « chance » d’être arrêtés en mer, finissent en prison. Les plus chanceux arrivent jusqu’en Europe laissant derrière eux un pays prêt à tout pour les stopper.