Gangsters plus ou moins rangés, Clavet, Jabeke, Paoli et Valoti gèrent ensemble un cercle de jeux. Un jour, ils décident de tenter un gros coup dans le trafic de stupéfiants. Il leur faut alors réunir quelque 500 000 dollars pour acheter une cargaison de drogue débarquée à Marseille. Doyen de la bande, Valoti charge un cinquième comparse, Moreau, en qui il a toute confiance, de convoyer le pactole par train de nuit jusqu’à la cité phocéenne. En mal de trésorerie, Clavet, lui, a versé sa part en faux billets, sans en avertir ses complices. Mais au cours du voyage, l’affaire tourne mal...
Mourra bien celui qui…
Cafés aux scintillants néons et taxis Peugeot 403, salles de jeux enfumées, quais de gares et wagons-lits… Dans la France des années 1960, magnifiée par la photographie de Claude Renoir, Jacques Deray orchestre, avec sobriété et une gracieuse fluidité, un film noir à l’élégance toute melvillienne. Dans ce jeu de massacre où les protagonistes tombent comme des mouches sur l’air du "mourra bien qui mourra le dernier", abusés par leur trop-plein d’assurance et sous le regard de femmes en retrait, la violence se déchaîne en silence. Pas de gros plan sur les truands occis, mais sur les visages bien vivants de ceux qui les incarnent avec tant de brio, du patriarche tranquille Charles Vanel au jeune et fringant Jean Rochefort, avec et sans moustache. Flegme mâtiné d’une once de malice, l’acteur, à l’époque en pleine ascension, crève l’écran dans la peau d’un expert en duplicité qui oublie étrangement des indices, comme autant d’actes manqués, après ses crimes presque parfaits. Sur une B.O. jazzy composée par le maître du genre Michel Magne, la caméra se glisse dans son pas alerte pour une traversée de la nuit – et du miroir. Un bijou ancien d’une classieuse modernité.