Dans une Géorgie en pleine crise politique après les législatives de 2024 – remportées par le parti prorusse au pouvoir, Rêve géorgien, mais contestées par l’opposition pro-européenne –, les manifestations se sont multipliées. En octobre, décidées à les faire cesser, les autorités et leur police répriment férocement les marches de contestation et arrêtent nombre de participants. Mais selon cette enquête, les canons à eau utilisés contre ces derniers auraient contenu une substance identifiée par des spécialistes des armes chimiques comme étant probablement du cyanure de bromobenzyle, un composé connu sous le nom de camite. Ce gaz avait été employé pour la première fois en 1918 par l’armée française contre les soldats allemands.
Lanceurs d'alerte
Si les autorités géorgiennes rejettent fermement ces accusations, le docteur Konstantin Chakhunashvili, pédiatre et militant, a constaté que quelques gouttes provenant du canon avaient suffi à provoquer des brûlures cutanées persistantes, nécessitant plusieurs jours de soins pour éliminer le produit. Il a alors décidé de mener une étude auprès d’environ 350 manifestants, révélant que près de la moitié d’entre eux avaient souffert de symptômes respiratoires pendant plus d’un mois. Certains présentaient même des anomalies cardiaques et pulmonaires. D’anciens membres de la police anti-émeutes géorgienne, devenus lanceurs d’alerte, ont confirmé l’utilisation de produits chimiques dans les canons à eau. L’un d’eux a expliqué avoir été chargé de tester un mélange de deux substances, bien plus nocif selon lui que le gaz lacrymogène classique. Si, dans un premier temps, le gouvernement s'est contenté de démentir, il a annoncé depuis le tournage avoir ouvert une enquête à ce sujet.