Encouragés par l’ancien président de droite Sebastián Piñera – mort en 2024 dans un accident d’hélicoptère – à venir s’installer au Chili, de nombreux Vénézuéliens ont parcouru des milliers de kilomètres, s’exposant aux refoulements aux frontières et à la voracité des passeurs, pour tenter de gagner ce pays et y reconstruire leur vie. Dans la région de Tarapaca, point d’entrée dans le nord, des hommes, des femmes et des enfants, en proie à la faim et à la soif, marchent en direction des villes, dans l'espoir de trouver du travail, quand d'autres survivent dans un camp de réfugiés de l'ONU. Au dénuement et à la désillusion s'ajoute un sentiment grandissant de peur. Car si certains habitants continuent de leur tendre la main, d’autres n’hésitent plus à leur montrer de l’hostilité. Les rendant responsables de la hausse de la criminalité, des manifestants ont incendié les affaires de familles sans abri à Iquique, tandis que des camionneurs bloquaient les routes pour réclamer un contrôle de l’immigration après le meurtre de l’un d’entre eux.
Exode massif
“Notre destin est imprédictible.” Des cités côtières aux reliefs andins en passant par le désert d’Atacama, cette mosaïque de témoignages, filmée alors que la pandémie de Covid-19 n’avait pas encore totalement reflué, donne un visage humain à l’exode vénézuélien. Lequel, dans un pays fracturé par les inégalités, nourrit la colère et le sentiment d’abandon d’une partie de la population. Alors que le politicien d’extrême droite José Antonio Kast, qui a promis d’expulser les étrangers en situation irrégulière, a remporté l’élection présidentielle de décembre 2025, ce film sélectionné dans de nombreux festivals immerge dans la réalité crue de cette crise migratoire. Un état des lieux saisissant, dans lequel le désespoir et la violence côtoient la beauté austère des paysages chiliens.