Jeune diplômée à la tête bien faite, Nevenka, de retour dans sa famille à Ponferrada, est approchée pour intégrer l'équipe municipale en place, qui vise la réélection. Le maire, Ismael Álvarez, s'intéresse tout de suite à la jeune femme et lui propose la troisième place sur sa liste, malgré son inexpérience en politique. Élue, Nevenka trouve sa place au cœur de la machine politique municipale et régionale, et se laisse griser par le bagout et la toute-puissance du maire, qui ne cesse de lui faire des avances. Après une brève relation, elle cherche à reprendre sa liberté. Mais Álvarez souffle le chaud et le froid, passe aux menaces, l'isole, la harcèle d'appels intempestifs, l'humilie publiquement… La jeune élue s'enfonce peu à peu dans un cauchemar.
"Qu'elles parlent"
Dans le décor étouffant de l'hôtel de ville de Ponteferra, la réalisatrice Iciar Bollaín (Ne dis rien, Mataharis) adapte l'histoire vraie de Nevenka Fernández, première femme en Espagne à avoir obtenu la condamnation d'un élu pour harcèlement sexuel en 2002, bien avant l'ère #MeToo, au bout d'un long et douloureux chemin. Le regard de cette cinéaste "avec des seins", comme elle se qualifie elle-même pour mieux revendiquer son féminisme – ausculte depuis trente ans les blocages patriarcaux de la société espagnole. Elle restitue avec une justesse glaçante les mécanismes de l'emprise que subit Nevenka, la bouleversante Mireia Oriol. Exposer les faits pour briser l'omerta : c'est la logique du film comme celle de son héroïne. "Qu'elles parlent", répond Nevenka à une journaliste qui lui demande ce qu'elle aimerait transmettre aux femmes endurant le même calvaire.