S’il garde des souvenirs heureux de son enfance dans sa famille d’adoption néerlandaise, Alejandro Quezada a toujours eu le sentiment de n’être pas complètement à sa place. À l’adolescence, son mal-être l’a conduit au Chili, où il a vu le jour en 1979 pendant la dictature du général Pinochet. Il y rencontre sa mère biologique, qui croyait avoir accouché d’un bébé mort-né. Depuis, Alejandro a fondé la plate-forme Chilean Adoptees Worldwide, qui aide d’autres victimes d’adoptions illégales à faire la lumière sur leur passé et à réclamer justice. Mais parce que lui-même n’a pas trouvé toutes les réponses, le quadragénaire retourne dans son pays natal pour investiguer. Sur place, il découvre qu’un grand nombre d’enfants enlevés avaient, comme lui, des racines mapuches. Se reconnectant à ses origines, Alejandro décide, avec des leaders autochtones, d’attaquer l’État chilien, accusé d’exercer une répression persistante à l’encontre de leur peuple.
Droit à l’identité
Entre 1950 et 1990, principalement pendant la dictature, 20 000 enfants chiliens ont été envoyés clandestinement en Europe et aux États-Unis contre de l’argent, par le biais de réseaux de religieux, de juges et de travailleurs sociaux. Dans les pas d’Alejandro, qui se réapproprie son identité volée tout en accompagnant d’autres victimes, ce documentaire poignant, parcouru d’archives intimes, met en lumière les plaies laissées par ce terrible commerce, qui a visé en premier lieu des familles amérindiennes, souvent pauvres et marginalisées. Aujourd’hui, avec l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite, les avancées judiciaires obtenues par les associations sont menacées, tout comme les droits des communautés mapuches. Nostalgique assumé de Pinochet, le président José Antonio Kast, en fonction depuis mars, a fermé l’unité spécialisée chargée d’enquêter sur les adoptions illégales.