Tout juste libéré de prison, Arthur, un jeune Anglais qui fait souche en Italie, revient par un jour d'hiver, malade et pas lavé, dans ce qu'il appelle son chez-lui, une cabane sans chauffage, aux abords d'une bourgade oubliée de la côte tyrrhénienne. Il est doublement attendu : d'un côté, par une bande de joyeux drilles dépenaillés, auxquels il tient rancune pour son incarcération ; de l'autre par la mère de Beniamina, sa bien-aimée disparue, qui l'accueille comme un fils dans sa demeure aux splendeurs délabrées. Il y fait la connaissance d'une jeune femme à l'air naïf, Italia, au service de la maîtresse des lieux en échange de cours de chant lyrique. Peu après, cédant aux instances de ses anciens compagnons, Arthur accepte de reprendre avec eux les activités qui l'ont fait condamner. Car en vertu d'un don mystérieux, il peut déceler les nombreuses tombes étrusques souterraines disséminées dans les environs, entre bord de mer et campagne. Pour le compte d'un commanditaire inconnu, Spartaco, leur groupe de tombolari, petites mains d'un trafic d'antiquités international, pille allègrement les sépultures au nez et à la barbe d'un duo de carabiniers maladroits.
Un pied dans la tombe
Comme s'il avait ses entrées secrètes dans le royaume des morts, Arthur vibre d'une étrange résonance avec les défunts millénaires dont il pille les trésors, et dont il a étudié la civilisation. Peut-être parce qu'il est hanté par le visage lumineux de Beniamina, partie elle aussi de l'autre côté, il erre aux lisières des deux mondes sans en choisir un. Héros romanesque d'une fable à son image, joueuse et tragique à la fois, il est voué à la chimère, matière dont sont faits les rêves, mais aussi monstre mythologique. Dans ce quatrième long métrage comme dans les précédents, déjà coproduits par ARTE, la fantaisie, la poésie, l'humour d'Alice Rohwarcher adoucissent l'acuité de son regard sur les êtres et les choses. Dernier d'une trilogie sur la campagne italienne des marges (avec Les merveilles et Heureux comme Lazzaro), le film célèbre les joies et le mystère de la vie tout en prenant acte de leur fragilité face à l'avidité humaine. Des premiers rôles (Josh O'Connor, Isabel Duarte, Isabella Rossellini) aux seconds (dont Alba Rohwarcher, la sœur de la cinéaste), l'interprétation collective, justement récompensée au Festival international du film de Chicago, est enthousiasmante, tout comme la photographie d'Hélène Louvart, à la fois sensuelle et délicate.