Madrid, 31 décembre 2015. Óscar, tout juste 30 ans, fête le Nouvel An dans une discothèque avec son ex-petite amie, Vero, sans avoir fait le deuil de leur relation. Ana, 30 ans elle aussi, travaille comme serveuse dans la boîte. À la fermeture, l’un et l’autre se retrouvent dans un bar, avant de finir la nuit chez des amis d’Ana, avec Guille, le meilleur ami d’Óscar. Ils se racontent leur vie et leurs rêves. Ana, journaliste de formation en quête de vocation, voudrait tenter sa chance à Vancouver. Médecin interniste, Óscar, lui, espère un autre contrat que celui qui lui vaut un salaire de misère aux urgences. Au petit matin, quelqu’un propose d’aller voir la mer à Valence, mais l’échappée tourne court et le duo marche jusqu’à l’appartement d’Óscar.
Romantisme moderne
Sur la trame d’un (grand) amour ordinaire, Rodrigo Sorogoyen orchestre sur une décennie une délicate chronique sentimentale dont l’originalité de ton tient d’abord à la structure narrative fragmentaire. Donnant rendez-vous aux protagonistes à chaque Saint-Sylvestre pour un état des lieux de leur relation, le réalisateur étire le temps pour mieux le concentrer en vingt-quatre heures, au fil de longs plans-séquences au réalisme sidérant de justesse. Filmés au cœur de leur quotidien et de leur intimité, la libre et lumineuse Ana et l’intranquille Óscar prennent vie comme des figures étrangement familières pour composer un attachant couple de millenials, troublant de vérité dans les échanges comme dans les scènes d’amour. Alors que les années passent et que la jeunesse s’enfuit dans un parfum de nostalgie, les démons intérieurs des deux personnages se font jour, orientant leurs fragiles trajectoires. L’amour d’Ana qui se cherche et d’Óscar qui se méfie, formidablement incarnés par Iria del Río et Francesco Carril, navigue et résiste dans les méandres de leur psyché, sous le regard de proches, tous campés avec finesse. L’anatomie d’un couple dans une série émouvante, au romantisme moderne.