Née en 1978 à Serpoukhov, une petite ville à une centaine de kilomètres de Moscou, Victoria Lomasko s'est construite dans la résistance à l'oppression. Fille unique d'un père violent, peintre officiel au service du régime soviétique brisé par l'écroulement progressif de son monde, elle a placé l'engagement féministe et démocratique au centre de son œuvre, faite de dessins, de gravures et de peintures. Par son art graphique tout en finesse, elle donne voix et visage à l'"autre" Russie, celle que Vladimir Poutine a réprimée avec une violence croissante, jusqu'à la museler totalement après l'invasion de l'Ukraine. De sa vie moscovite à une visite à ses parents, restés à Serpoukhov, de la fraude électorale massive de 2021, contestée dans la rue, à sa fuite précipitée au printemps 2022, quelques semaines après le déclenchement de la guerre, la réalisatrice Anna Mosienko l'accompagne dans une enquête entre singulier et collectif, qui relie la violence masculine à celle de l'État et la renvoie à sa propre enfance hantée par la peur, mais aussi par la révolte.
Battements d'aile
"Être partout à cette époque et nulle part aujourd'hui…" : depuis ses 20 ans, Victoria Lomasko a vu progressivement se refermer, sous l'égide d'un régime autoritaire devenu dictatorial, tous les espaces de cette liberté qu'elle n'a cessé de magnifier. Dans ce portrait sensible, à son image, qui entremêle ses dessins délicats aux prises de vues réelles, on la voit composer peu à peu, depuis son exil bruxellois, une fresque où elle exprime à la fois son désespoir face au présent et son refus de la défaite, au travers d'activistes-papillons dévorés par les flammes de la répression. "Je me sens moi-même comme un papillon aux ailes brûlées…" Mais Victoria Lomasko, que l’on a vue dans le film tour à tour tranquillement intrépide, et anéantie par les événements du tragique hiver 2022, dessine plus que jamais. Son livre, La dernière artiste soviétique, est paru aux éditions indépendantes The Hoochie Coochie.