C’est depuis le mont Ararat que Noé, à bord de son arche, aurait envoyé ses colombes en quête d’une terre hospitalière. Aujourd’hui, dans cette région montagneuse de Turquie orientale où transitent plusieurs communautés – Yézidis, Arméniens, Kurdes – dispersées par les conflits, des pigeons voyageurs guident les réfugiés sur le chemin de l’exil, comme un lointain écho à la mythologie du lieu. Le long des voies parallèles empruntées par les nomades, Pierre-Yves Vandeweerd a recueilli les témoignages poignants d’hommes et de femmes ballotés par les guerres : ceux des Yézidis parvenus à échapper aux atrocités perpétrées par Daesh, ceux des habitants du Haut-Karabagh fuyant une guerre meurtrière entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Mais aussi les souvenirs infiniment précieux des derniers témoins du génocide arménien, auquel, hélas, les massacres récents font tragiquement écho.
Traversée poétique
Après Les éternels en 2017, qui évoquait l’errance physique et psychologique des survivants du conflit au Haut-Karabagh, le cinéaste belge pose à nouveau sa caméra dans cette région du Caucase aux paysages désolés, dont il propose une traversée poétique et tragique, mêlant aux bouleversants récits de guerre une méditation visuelle sur l’infinie violence de l’homme. Avec son montage alterné de pellicule 16mm et de Super-8, et une attention particulière portée au grain de l’image et à la texture du son, Les lignes intérieures poursuit et complète une œuvre documentaire atypique, profondément humaine.