Olivier Père

Espion(s) de Nicolas Saada

Un ancien étudiant de science-po tombé dans la délinquance se trouve embarqué malgré lui dans une mission d’espionnage : il doit séduire l’épouse française d’un homme d’affaires britannique suspecté par la DST et le MI5. Situé dans un monde de faux-semblants et de manipulation, ce thriller psychologique mêle à une intrigue de contre-terrorisme la naissance d’une histoire d’amour, dans un Londres fantomatique.

Dès son premier long métrage, l’ancien critique de cinéma et scénariste Nicolas Saada témoigne d’une réelle maîtrise dans l’art du récit et de la mise en scène. Le cinéaste s’appuie sur son admiration pour John Le Carré, Hitchcock ou Fritz Lang pour déployer un univers personnel, traversé par une inquiétude très contemporaine. Dès la première scène, un employé d’aéroport indélicat prend feu en manipulant un vaporisateur volé dans la valise d’un diplomate syrien. L’incipit d’Espion(s) plonge le spectateur dans un climat de danger imminent, où les espaces quotidiens se transforment en pièges mortels. Cette approche se retrouve dans le film suivant de Saada, Taj Mahal, sur un attentat dans un hôtel en Inde du point de vue d’une jeune femme enfermée dans sa chambre. Espion(s) prend comme modèle indépassable Les Enchaînés (Notorious) d’Alfred Hitchcock. Saada parvient à déplacer un réseau nébuleux de trahisons et de complots géopolitique vers la sphère de l’intime et de la conjugalité, en montrant que le mensonge et le cynisme ont contaminé les relations humaines. Le film offre à Géraldine Pailhas l’un de ses plus beaux rôles, celui d’une femme mélancolique prise dans un engrenage qui la dépasse. A ses côtés, Guillaume Canet, en apprenti espion rattrapé par ses sentiments, livre une interprétation sobre et intense.

 

Le film est disponible gratuitement en télévision de rattrapage sur ARTE.tv du 24 novembre au 7 décembre, dans le cadre du cycle sur le cinéma d’espionnage proposé par Arte.  

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3 commentaires

  1. MB dit :

    Le film révèle une maestria dans le rythme et le montage qui surprennent de la part d’un débutant. Dans une option réaliste, que le film affirme lui-même, il demande au spectateur une bonne dose de suspension d’incrédulité pour admettre qu’un paumé passé de Sciences Po à la marginalité d’un travail basique où le chapardage est le seul intérêt, entre aussi facilement et avec talent, dans la peau d’un espion amateur sans test préalable de la part des professionnels, comme Cary Grant dans LA MORT AUX TROUSSES après tout. Mais peu importe , c’est plus SOUPCONS que je revois avec le regard prolongé, échangé entre Canet et Pailhas pour le dernier plan magnifique, c’est encore une femme qui regarde l’homme qu’elle aime en se demandant encore qui il est réellement.
    Ce film se heurte parfois à de l’incompréhension, voir entre autres une approche insondable de bêtise et de suffisance sur le site IMDB!
    Une grande réussite mais après TAJ MAHAL j’attends le prochain film de Saada avec un peu d’appréhension.

  2. MB dit :

    Je regrette d’avoir parlé d’un « débutant » dans le métier depuis dix ans au moment du film!

  3. Jean dit :

    Guillaume Canet est une erreur de casting. Il est antipathique, agressif, désagréable au possible bref très loin de la sobriété, la retenue qui est de mise avec un héros, même malgré lui, dans un film de Hitchcock. Ce film est loin de rendre hommage à l’auteur de Vertigo.

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