Olivier Père

Un justicier dans la ville de Michael Winner

Un justicier dans la ville (Death Wish, 1974) est le plat de résistance de la filmographie de Michael Winner et de la collaboration entre Bronson et le réalisateur. C’est à la fois le plus gros succès commercial des deux hommes, un titre emblématique des années 70, et l’objet de toutes les controverses, polémiques et malentendus. Cette histoire d’un architecte new yorkais se transformant en « vigilante » après l’agression brutale de sa femme et de sa fille par des voyous est rapidement devenu le prototype du film d’autodéfense, sous-genre du thriller urbain mettant en scène de simples citoyens prenant les armes pour palier au laxisme de la justice et à la complaisance ou l’inefficacité de la police. Le thème de la vengeance et de la justice personnelle irrigue le cinéma américain et en particulier le western. Le film de Winner fait directement allusion au western et à la culture des armes à feu aux Etats-Unis lors d’un séjour du héros citadin au Texas, qui lui permet de renouer avec les racines de la civilisation américaine. Un justicier dans la ville relance le débat dans un climat d’insécurité et de violence dans les grandes villes propre aux années 70, qui explique l’écho important que rencontrera le film à sortie. Taxé de fasciste (comme L’Inspecteur Harry ou Voyage au bout de l’enfer) en raison de son sujet et de la personnalité de Bronson (une brute) et de Winner (un provocateur), le film est pourtant plus ambigu que cela. Le scénario, signé Wendell Mayes (Autopsie d’un meurtre, Tempête à Washington, pas vraiment des films manichéens ni réactionnaires) imagine un personnage de bourgeois de gauche d’abord allergique à la violence (ancien objecteur de conscience, il vomit après sa première excursion punitive) qui se transforme progressivement en tueur et y prend goût. Loin du héros érigé en exemple par les médias et l’opinion publique à l’intérieur du film, Paul Kersey est une sorte de psychopathe dont la croisade anti délinquance est pervertie par la « pulsion de mort » évoquée par le titre original. Sans doute que le film aurait gagné en crédibilité et en subtilité avec un acteur moins viril et moins associé à des personnages de « flingueur » comme Bronson, qui manifesta en outre une solidarité immédiate avec le projet de Paul Kersey, n’hésitant pas à avouer qu’il aurait aimé faire la même chose que lui (buter des voyous.) Un écueil qu’évitera Peckinpah en confiant le rôle principal des Chiens de paille à un acteur chétif et de petite taille, Dustin Hoffman. Il n’empêche qu’Un justicier dans la ville, même s’il n’évite pas une certaine complaisance dans les scènes de violence (Winner est sans conteste un cinéaste sadique) demeure un modèle du polar urbain poisseux et dépressif qui a connu quatre suites (inférieures à l’original) et de nombreuses imitations, tant aux Etats-Unis qu’en Europe.

Disponible à partir du 26 octobre en Combo DVD / Blu-ray + digibook chez Sidonis / Calysta. Le même éditeur propose également Un justicier dans la ville 2, réalisé en 1982, qui marquent les retrouvailles entre Bronson et Winner. C’est aussi avec ce titre que Winner et Bronson travaillent pour la première fois pour The Cannon Group, les cousins Golan et Globus ayant racheté les droits de Death Wish à Dino de Laurentiis pour en produire plusieurs suites. 

Charles Bronson dans Un justicier dans la ville de Michael Winner

 

 

Catégories : Actualités

Un commentaire

  1. jicop dit :

    C’est vrai que le choix de Bronson , meme d’age mur , pour incarner cet architecte prenant gout à la violence affaiblit un peu le propos . La surprise de le voir dessouder du voyou est un peu amoindrie . Ceci dit le remake récent avec Willis est encore moins subtil sur ce point ; et cela dès l’affiche .
    On est loin d’ « un bourgeois tout petit petit  » de Monicelli ou Alberto Sordi et son physique replet rentrait dans une vendetta après l’assassinat de son fils mais le film de Winner reste un film efficace et un la pierre angulaire du vigilante movie .

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