Olivier Père

On ne meurt que deux fois de Jacques Deray

ARTE diffuse On ne meurt que deux fois (1985) de Jacques Deray lundi 26 août à 20h50.

On ne meurt que deux fois s’apparente à un testament artistique dans la carrière du scénariste et dialoguiste Michel Audiard, décédé le 27 juillet 1985, trois mois avant la sortie du film en salles. On peut légitimement le considérer comme l’auteur à part entière d’un film qu’il écrivit et dont il souhaita participer à plusieurs décisions artistiques, exprimant par exemple des réserves sur le choix de Charlotte Rampling, à cause de son accent anglais susceptible à ses yeux de causer préjudice à ses dialogues. L’actrice britannique se révèle excellente, et son rôle de femme fatale à la beauté vénéneuse peut être considéré comme l’un des meilleurs de sa carrière.

Le film réalisé par Jacques Deray constitue aussi l’ultime volet d’une trilogie noire écrite par Audiard, après Garde à vue et Mortelle randonnée, réalisés par Claude Miller. Ces trois films, tous interprétés par Michel Serrault à contre-emploi, dressent chacun à leur manière le portrait d’un homme hanté par la mort. Le pianiste assassiné dans On ne meurt que deux fois est un fantôme avec lequel dialogue l’inspecteur solitaire chargé de l’enquête. C’est sans doute dans ces trois titres, très éloignés des pantalonnades alimentaires qui égrènent sa filmographie, que Michel Audiard s’est le plus livré. Ils sont traversés par la douleur d’un deuil impossible et, dans le cas de On ne meurt que deux fois par l’identification d’un flic avec la victime, tous deux obsédés par la même femme. Les mots d’auteur cèdent la place à des considérations désabusées sur l’existence, d’une misanthropie célinienne. La perversité, le cynisme et la cruauté dont Audiard enrobe des situations et personnages classiques de la série noire créent un véritable malaise.

Michel Serrault, et Charlotte Rampling dans On ne meurt que deux fois de Jacques Deray

 

 

 

 

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3 commentaires

  1. Wilfrid Bredel dit :

    Bonjour. Bien que le projet soit sans doute personnel, le film est adapté – plutôt fidèlement, d’ailleurs – d’un roman de Robin Cook (« He died with his eyes open »). Il est d’ailleurs étrange que cet écrivain – vraiment excellent – n’ait été que très peu transposé au cinéma : à ma connaissance, « Les mois d’avril sont meurtriers » de Laurent Heyneman est la seule autre adaptation officielle de cet auteur.

  2. carter69 dit :

    Peut-etre le meilleur role du regretté Jean-Pierre Marielle, un film à redecouvrir que ces “Mois d’avril…”

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