Olivier Père

Soupçons de Alfred Hitchcock

ARTE diffuse Soupçons (Suspicion, 1941) de Alfred Hitchcock lundi 12 août à 20h55.

« Parce qu’il lui ment trop souvent, Lina (Joan Fontaine), la jeune épouse de Johnnie (Cary Grant), se met à le soupçonner d’être un assassin et s’imagine qu’il veut la tuer. »

Soupçons, produit par la RKO, est l’un des films des débuts de la carrière hollywoodienne d’Alfred Hitchcock, dans lequel le cinéaste anglais retrouve Joan Fontaine, la vedette de son premier film américain Rebecca (1940), et dirige pour la première fois celui qui deviendra son acteur de prédilection, Cary Grant.

L’idée motrice de Soupçons est de transposer les indices, fausses pistes et preuves accablantes d’une enquête policière sur le terrain intime de la vie conjugale, en adoptant le point de vue de la femme, possible victime d’un mari dissimulateur. Idée géniale, qui connaitra de nombreuses déclinaisons dans l’œuvre d’Hitchcock et chez d’autres cinéastes. Comment créer du suspense autour d’une rencontre amoureuse, comment transformer un projet de mariage en complot criminel ? Le film modifie profondément la trame du roman dont il s’inspire, trop scandaleuse pour un film hollywoodien en 1941. La situation du livre – une femme découvre que son mari est un meurtrier – est moins exceptionnelle que celle du film – une femme croit que son mari est un meurtrier. Mais ce scénario édulcoré par la censure ouvre finalement des perspectives nouvelles, et permet d’approfondir, et du nuancer, la psychologie des personnages. Cary Grant interprète-t-il un séducteur désinvolte et dépensier, ou alors un tueur de femmes cynique et sans pitié ? Si Hitchcock confessait ne pas aimer la conclusion du film, elle aussi imposée par le studio, il se montrait très fier de la scène du verre de lait, qui demeure l’une des plus iconiques de toute son œuvre.

Cary Grant et Joan Fontaine dans Soupçons de Alfred Hitchcock

 

 

 

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Un commentaire

  1. MB dit :

    Je trouve que le happy end rend le film plus intéressant. On se rend compte que le comportement de Grant menteur et dissimulateur est semblable au comportement d’un criminel. Son innocence quant à tuer sa femme ne le sauve pas d’un certain machisme gentillet (il appele Fontaine “Monkey Face”), du complexe d’infériorité qui vient de celui-ci, finalement de son instinct dominateur complètement en phase avec une société dans laquelle l’homme doit gagner l’argent du foyer, il n’est pas spécialement sympathique y compris malgré qu’il projette de se suicider par lâcheté d’affronter son épouse, de lui dire toute la vérité, finalement c’est la lâcheté de enfin, passer à l’âge adulte.
    Qu’il fût finalement un criminel est une idée plus pauvre.

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