Olivier Père

Incidents de parcours de George A. Romero

Incidents de parcours (Monkey Shines, 1988) compte parmi les films les moins connus de Romero. C’est pourtant l’un de ses meilleurs. Incidents de parcours prolonge la réflexion sur l’humanité et l’animalité de Day of the Dead, dans lequel un zombie parvenait à retrouver des bribes d’un comportement humain. Allan, un jeune sportif, étudiant en droit, voit son avenir brisé par un accident de la circulation qui le laisse tétraplégique. Il sombre alors dans la dépression et fait une tentative de suicide. Un ami scientifique lui offre un singe capucin prénommé Ella, pour l’aider et lui tenir compagnie dans sa vie quotidienne. Avec ce singe, le jeune homme reprend goût à la vie, mais l’animal domestique développe bientôt un comportement agressif envers tous ceux qui s’approchent de lui. Ella est un singe de laboratoire et a reçu plusieurs injections d’un sérum expérimental supposé développer les capacités intellectuelles des animaux. Allan entre en communication télépathique avec Ella qui accomplit ses désirs de vengeance et exprime la colère qu’il ressent depuis son accident. Ce thriller est riche en émotion fortes et se révèle le film le plus hitchcockien de Romero, avec plusieurs scènes de suspens et d’angoisse magistrales. Romero décrit de manière oppressante les relations familiales. Le personnage grotesque de la mère du héros, intrusive, névrosée et d’une jalousie maladive, renvoie au souvenir de Psychose. L’influence d’Hitchcock est également prégnante dans la manière dont Romero transforme des espaces domestiques triviaux (salle de bain, chambre à coucher) en théâtres de l’horreur. Comme à son habitude Romero ne se contente pas de faire frissonner le spectateur, et l’invite à réfléchir sur les sentiments de dépendance et de possessivité, et sur l’intelligence animale. Cette relation d’amour et de mort inter-espèces délivre un malaise profond et durable, et se termine sur une note bouleversante, malgré une séquence finale ajoutée après un projection-test négative.

Edité par ESC, disponible en DVD et combo Blu-ray + DVD depuis le 7 août.

Incidents de parcours de George A. Romero

Incidents de parcours de George A. Romero

 

Catégories : Actualités

4 commentaires

  1. ballantrae dit :

    Formidable nouvelle que cette ressortie.Beau film passé inaperçu à sa sortie ( nous n’étions pas très nombreux dans la salle où je le vis et d’ailleurs il ne tint qu’une semaine à l’affiche) qui prouve que Romero marque certes pour sa trilogie initiale des morts vivants mais aussi pour d’autres titres tels ce Monkey shines ou Martin, film inquiétant sur le vampirisme.
    Les rapports entre le petit singe et le héros sont riches, troubles et nous interrogent sur la ligne de démarcation homme/animal.Dans ces années 80, deux autres films avaient fiat des portraits de singe pour le moins troublants: Max mon amour d’Oshima (injustement oublié aussi) et aussi Link de R Franklin ( très habile et surprenant, avec le retour de Terence Stamp à l’époque) tous deux sortis en 1986.

    C’est fou de penser que ces cinéastes d’horreur de notre jeunesse (Romero, Craven et Hooper) sont tous partis en deux-trois ans.Restent encore Carpenter et Argento dont il faut redire que l’autobiographie Peur (parue chez Rouge profond) est magnifique!!!

    • olivierpere dit :

      Monkey Shines a été un échec commercial, comme plusieurs films Orion éphémère compagnie de production américaine. Max mon amour va lui aussi bénéficier en septembre d’une édition blu-ray (chez Studiocanal dans la nouvelle collection dirigée par JB Thoret).

      • ballantrae dit :

        Autre bonne nouvelle.
        Je me rappelle avoir bien aimé le film à sa sortie alors que nombre de spectateurs semblaient déçu par ce qui justement faisait l’intérêt du film: son mystère.
        Oshima n’allait pas vers les contrées qu’il arpentait avant ( L’empire des sens, Furyo) mais explorait encore autre chose, plus bunuelien Carrière aidant au scénario.
        Dire qu’Oshima s’est tu après plus de dix ans et n’a signé que l’ultime Tabou, très beau lui aussi alors qu’il aurait pu nous donner quelques autres joyaux.
        Imamura, autre enfant terrible du cinéma japonais n’eut pas ces éclipses après Narayama…

  2. Val Guest dit :

    Film intéressant mais mon préféré de Romero doit être Martin.

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