Olivier Père

Cannes 2018 Jour 5 : rencontre avec Gaspar Noé

Rencontre avec Gaspar Noé dont le nouveau film Climax est présenté à la Quinzaine des Réalisateurs.

 

© Bertrand Noël

Les acteurs danseurs du film de Gaspar Noé Climax à Cannes © Bertrand Noël

Gaspar Noé © Bertrand Noël

Gaspar Noé à Cannes © Bertrand Noël

Catégories : Actualités · Coproductions · Rencontres

Un commentaire

  1. Sawyer dit :

    C’est un peu tristement marrant de voir Gaspar Noé déclarer qu’il souhaitait faire un film sans scénario, un film qui ne tiendrait que par la grâce de sa mise en scène.
    Or, son gros point faible, à mon avis, là où le bât blesse, c’est justement le scénario.
    Gaspar Noé, c’est un cinéaste que je rapprocherai de Jean-Pierre Jeunet : je n’apprécie le cinéma ni de l’un ni de l’autre, mais je leur reconnais néanmoins le courage et l’audace d’aller à contre-courant de tout ce qui se fait dans le cinéma français : un cinéma naturaliste, un cinéma nombriliste, et surtout, un cinéma qui se revendique de la Nouvelle Vague, c’est-à-dire un cinéma qui est adopté aveuglément par la critique, mais que beaucoup de gens (au niveau des spectateurs) déteste (je pense notamment à Desplechin : voyez, sur Allociné, le décalage énorme entre les avis sans nuance de la critique parisienne et les avis très, très défavorables des spectateurs).
    Mais Jeunet et Gaspar Noé partage tous deux un gros défaut : chacun, à sa façon, est le pire ennemi de lui-même, artistiquement.
    Je vais un peu expliquer ça.
    Jean-Pierre Jeunet est un cas très intéressant : il est détesté par la critique française… alors que la même critique adore un cinéaste étranger qui lui ressemble énormément, à savoir Wes Anderson (et on pourrait ajouter également Guillermo del Toro) : c’est tout de même assez curieux (moi, par exemple, je n’apprécie pas le cinéma de Wes Anderson).
    J’ai revu ces derniers années « Delicatessen »… que, avec le recul, j’ai trouvé assez réussi (même si, au moment de sa sortie, j’avais plutôt fait la fine bouche).
    Quant à « Amélie Poulain » (ainsi que d’autres films de Jeunet), je serais beaucoup plus sévère : quand il est sorti, j’étais l’un des rares à avoir détesté : j’avais été submergé littéralement par toute cette guimauve.
    Jeunet se réclame du cinéma de Sergio Leone : il dit que quand il a un problème de mise en scène, il se demande aussitôt comment aurait fait Leone.
    Je me souviens qu’à l’époque où j’étais à l’école primaire, dans ma classe, nous avions tous vu à la télé, la veille, « Le bon, la brute et le truand ».
    Et une fille s’était offusquée du rôle tenu par Clint Eastwood : elle disait qu’il n’était pas gentil du tout, que ce n’était pas le « bon » promis par le titre « Le bon, la brute et le truand ».
    Et il est vrai que dans le film, Clint Eastwood joue un personnage assez ambigu, motivé constamment par ses intérêts personnels (de ce point de vue là, le personnage le plus attachant et sympathique du film est, et de loin, Tuco).
    Au fond, cette gamine, cette camarade de classe, avait tout compris aux lignes de force du cinéma de Sergio Leone !
    Or, cette règle fondamentale du cinéma de Leone, Jeunet ne l’a jamais assimilée, lui qui se complaît dans un cinéma très gentillet et inoffensif (un cinéma gentil pour contrer la dureté de la vraie vie).
    Jeunet pourrait-il faire autre chose ?
    Oui, et il l’a prouvé « Alien, la résurrection ».
    Sur le papier, il pouvait sembler débile d’aller à Hollywood pour faire « Alien 4 » (je sais que Cronenberg, un temps, faillit réaliser « Basic Instinct 2″… mais ça ne s’est pas fait parce que Sharon Stone s’est fâchée avec lui !).
    Et pourtant, « Alien la résurrection » est assez réussi : Jeunet est parvenu à subvertir les codes de ce genre de commande formatée (au sein d’une franchise lucrative), et son film est le plus réussi de la saga après, bien sûr, le premier volet insurpassable de Ridley Scott.
    Quant à Gaspar Noé…
    Il jouissait d’un réel prestige à l’époque du moyen métrage « Carne » : il était la nouvelle sensation du cinéma français, beaucoup attendaient son passage au long, il semblait très prometteur.
    Mais tout ça s’est effondré par la suite.
    Pourquoi ?
    Parce qu’il s’obstine à faire un cinéma (seul contre tous ?) viscéral et tellurique, un film qui serait ressenti par le spectateur comme une expérience quasi charnelle.
    Or, le problème, bien souvent (toujours ?), c’est la faiblesse du scénario… voire son absence pure et simple.
    J’avais été complètement consterné par le scénario de « Love », par exemple.
    On sent que Gaspar Noé a toujours eu l’ambition d’être le nouveau Kubrick (en tout cas, il s’en réclame autant que Jeunet de Leone).
    Or, Kubrick a toujours mis un soin maniaque à construire des scénarios solidement charpentés (les gens qui ont travaillé pour lui, comme scénaristes, ont témoigné de son extrême exigence à ce niveau) : pour lui, c’était tout aussi important que la mise en scène (et je crois même qu’il prenait plus de plaisir à préparer ainsi l’écriture de ses films que le tournage proprement dit, étape très fastidieuse… C’était également le cas d’Hitchcock).
    D’ailleurs, Kubrick n’a jamais écrit un scénario original de sa vie : il l’a fait pour « Le baiser du tueur », film très, très moyen… il a donc pris conscience que l’écriture d’un film était son point faible… et c’est pour cette raison que, par la suite, il a su s’entourer des meilleurs collaborateur (ou qu’il a su trouver chez autrui, la matière originelle de ses films).
    Pourquoi Gaspar Noé n’a-t-il jamais suivi l’exemple du maître ?
    Et dans son cas, c’est fort dommage parce qu’il est quand même très fort au niveau de la mise en scène : « Enter the Void » explorait les méandres de la cité Tokyoïte, on avait droit à des plans aériens très complexes et savamment composés.
    J’ai revu l’autre jour « Snake Eyes » de Brian de Palma : oui, le scénario est chiant, un peu lourdingue…. mais la mise en scène est de toute beauté.
    Or, une mise en scène somptueuse ne rattrape pas un scénario plombant.
    Donc, en conclusion, je pense que Gaspar Noé (tout comme Jean-Pierre Jeunet) aurait tout intérêt à laisser tomber ses projets personnels (qui au fond, n’intéressent pas grand-monde) pour accepter des commandes dont l’avantage, au moins, serait de lui proposer des scénarios solidement charpentés… structures où il pourrait jouer sa partition.
    Ou alors, d’adapter des bouquins… comme l’ont toujours fait Kubrick et Hitchcock.
    Gaspar Noé a dit une fois que, en France, quand un réalisateur veut faire « Taxi Driver », il se fait jeter de partout… mais s’il veut faire une grosse connerie du type « Astérix », tout le monde veut le produire.
    Je partage totalement ce sentiment… mais en même temps, je constate que Gaspar Noé ne fait pas « Taxi Driver ».
    Or, à la base, « Taxi Driver », c’est tout de même un magnifique scénario de Paul Schrader (le même Paul Shrader qui, la même année, en 1976, a offert sur un plateau à Brian de Palma le splendide scénario de son bouleversant « Obsession »).
    Donc, c’est pour ça que je disais que Gaspar Noé est son pire ennemi : il s’obstine à creuser un sillon, il est dans une démarche jusqu’au-boutiste… mais s’il en sortait, il pourrait peut-être éblouir pas mal de monde.

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