Olivier Père

L’Armées des douze singes de Terry Gilliam

Dans le cadre d’une nuit Chris Marker, organisée à l’occasion de la rétrospective et l’exposition (« les 7 vies d’un cinéaste ») qui lui seront consacrées à la Cinémathèque française à partir du 3 mai, ARTE diffuse dimanche 6 mai à 20h55 L’Armée des douze singes (Twelve Monkeys) de Terry Gilliam, réalisé en 1995.

Un homme du futur est envoyé dans le présent pour tâcher de comprendre comment cinq milliards d’humains ont été tués par un virus d’origine inconnue. L’Armée des douze singes combine de manière originale deux thèmes majeurs de la science-fiction : les voyages dans le temps et les visions post-apocalyptiques, mêlés à une fugace rencontre amoureuse.

L’Armée des douze singes convoque plusieurs souvenirs de spectateurs. Son existence même est intimement liée au souvenir d’un film en particulier. Le film est né du désir du producteur Robert Kosberg (qui débuta sa carrière avec Commando de Mark L. Lester) d’adapter à Hollywood le génial court métrage La Jetée, réalisé en 1962 par Chris Marker. David Webb Peoples (Blade Runner, Impitoyable) est l’auteur du scénario original, qui développe l’histoire de La Jetée en respectant son idée centrale : une scène décisive vue par un homme à deux âges de sa vie, de deux points de vue différents. Un paradoxe temporel permettra en effet au personnage principal des deux films d’assister enfant à sa propre mort, sans le savoir mais en demeurant hanté par ce souvenir fugace.

Terry Gilliam n’avait pas vu le film original de Marker avant le tournage. Le réalisateur de Brazil apporte au projet son univers visuel foisonnant et parfois surchargé sans pour autant dénaturer la force et l’originalité du scénario. L’Armée des douze singes s’enrichit au contraire de nouvelles strates de références cinéphiles. Les douze singes du titre renvoient au Magicien d’Oz, et Gilliam cite un autre chef-d’œuvre de l’histoire du cinéma sur le thème du « déjà vu », Vertigo d’Alfred Hitchcock – qui était le film préféré de Chris Marker.

L’Armée des douze singes permet d’apprécier Bruce Willis et Brad Pitt dans des registres inhabituels. Le premier y apparait plus vulnérable que dans les films d’action qui ont fait sa gloire tandis que le second bouscule son image de beau gosse dans le rôle d’un activiste psychotique. Le film offre aussi à la belle Madeleine Stowe, en psychiatre prise en otage par le voyageur du futur, l’un de ses meilleurs rôles.

La Jetée de Chris Marker sera diffusé sur ARTE tout de suite après L’Armée des douze singes. Nous y reviendrons.

Bruce Willis dans L'Armée des douze singes de Terry Gilliam

Bruce Willis dans L’Armée des douze singes de Terry Gilliam

 

 

 

Catégories : Sur ARTE

9 commentaires

  1. Sawyer dit :

    Terry Gilliam semble assez méprisé par la critique, de nos jours… à juste titre, hélas, je dois bien le reconnaître : je me suis forcé à regarder en entier ses 4 derniers films, et croyez-moi, c’est une sacrée épreuve (« Zero Theorem » est quand même un truc assez immonde… et le prochain, « L’homme qui tua Don Quichotte », le fameux film maudit, quand on le verra, on se lamentera probablement qu’il ait enfin vu le jour… J’avais déjà vu le « Don Quichotte » d’Orson Welles, la version montée de 1992, qui était quand même un machin vraiment infâme).
    Cependant… cependant !
    Comme tout cinéaste (ou tout artiste, en règle généale), Terry Gilliam a eu un âge d’or… et on ne peut que déplorer qu’il soit aujourd’hui tombé si bas.
    « Brazil » est quand un même un des trésors des années 80 : un film fou, inventif et virevoltant comme on a eu peu souvent l’occasion d’en voir, c’est toujours avec une grande jouissance que je le revois de temps à autre.
    « Bandits Bandits » est vraiment bien, moins extraordinaire que « Brazil », biens sûr… et « Münchhausen » vaut aussi son pesant d’or.

    Quant à « L’armée des douze singes », à l’époque où il est sorti, c’est avec une réelle excitation que je l’avais attendu.
    J’avais été un peu déçu… non pas que le film soit mauvais ou faible… mais j’ai l’impression que Terry Gilliam n’était pas le cinéaste adéquat pour un tel projet : le film est trop sombre, trop grave, trop dépressif, trop hivernal… et de Gilliam, on aurait attendu quelque chose de plus léger, plus délirant, plus solaire.
    En plus de ça, Bruce Willis en mode groggy durant deux heures, c’est un peu lourd, un peu pénible (et Brad Pitt en, frappadingue, mouais, c’est limite aussi).

    « La jetée » est l’un de mes films français préférés : et force est de constater que la poésie du film d’origine, on ne la trouve pas dans le remake de Gilliam, c’est fort dommage.

    Donc, malgré tout, le film (« L’armée des douze singes ») est bon… mais j’ai comme le sentiment qu’il aurait pu être bien meilleur, comme s’il y avait véritablement un problème de traitement, que le réel potentiel du projet n’avait pas été réellement exploité.
    Je pense aussi que les histoires de paradoxe temporel demandent un peu de fantaisie tout de même (car un voyage dans le temps est trop ancré dans l’imaginaire, et assez peu dans le réel, finalement), mais la fantaisie, ici, est plutôt absente.

    (A noter que « L’armée des douze singes » est devenue une série télé, récemment, mais personnellement, j’ai trouvé ça un peu naze).

    • olivierpere dit :

      Je ne suis pas un fanatique de Terry Gilliam loin de là, ses derniers films sont embarrassants, mais j’aime L’Armée des douze singes justement parce qu’il s’écarte des délires habituels du réalisateur pour un résultat plus mélancolique.

      • Sawyer dit :

        Oui, je vois ce que vous voulez dire
        En même temps, pour la mélancolie, on reste bien en-dessous du sublime « Vertigo ».

        En fait, en y repensant, je pense que « L’armée des douze singes » trahit l’essence (ou l’âme) de ce qu’était « La jetée ».
        Car « La jetée », c’est quoi finalement ?
        C’est l’histoire d’un mec qui vit en enfer (le futur) et qui découvre le paradis en étant projeté dans le passé… ou plus exactement, le temps présent de 1962 (un monde révolu qui l’émerveille)… d’où le côté poétique et contemplatif.
        Or, dans « L’armée des douze singes », c’est carrément l’inverse : quand Bruce Willis découvre le passé (c’est-à-dire le temps présent de 1995), il se retrouve dans une sorte d’enfer (une sorte de réalité toute aussi aliénante que son futur à lui).

        Sinon, Terry Gilliam a voulu faire « Watchmen » en 1989 : j’aurais adoré voir ça, la BD est absolument stupéfiante.

        • olivierpere dit :

          J’aurai aimé voir L’Armée des douze singes réalisé par Brian De Palma…

          • Sawyer dit :

            Brian De Palma devrait sortir un nouveau film cette année :
            https://www.cineserie.com/n
            Ah, ah, je vois que vous demandez déjà avec angoisse si vous allez le détester autant que « Passion » !
            Le film d’Alain Corneau, « Crime d’amour », n’était pas inintéressant en soi, mais je n’ai jamais compris pourquoi De Palma s’était contenté de faire un simple papier-collé (vous me direz que c’est le principe du remake… Oui, mais quand même : « Scarface », shakespearien en diable, n’a rien à voir avec le film d’origine, il le surpasse de mille coudées).

          • olivierpere dit :

            Oui. Je n’aime pas beaucoup les derniers films de De Palma (sauf Mission to Mars !) et Passion m’avait désolé mais je suis très excité de découvrir Domino.

          • Name dit :

            Quel intérêt trouvez-vous à Mission to Mars ?!

          • Sawyer dit :

            L’autre jour, quand vous avez évoqué « Mission to Mars », je n’ai rien dit car je n’avais pas gardé un souvenir impérissable de ce film (effectivement détesté et moqué par la critique), et quand je dis que je n’en ai pas gardé un souvenir impérissable… en fait, je n’en ai gardé aucun souvenir précis : dans mon esprit, tout est resté très flou.
            Alors, comme vous en parlez avec des larmes dans les yeux, je me suis dit qu’il fallait peut-être que je le revoie.
            Je trouve ça bien d’accepter de revoir un film afin de le reconsidérer et d’admettre que, peut-être, on s’est trompé.
            Et alors, à la revoyure ?
            Je ne parlerais pas de film moyen ou médiocre, je pense que le problème est tout autre : il s’agit d’un film de SF naïf et enfantin réalisé comme un film pour adulte !
            Donc, oui, normal que le film apparaisse très ridicule… ce qui est dommage car il aurait pu évoquer malgré tout « Chroniques martiennes » de Bradbury.
            Quand Scorsese réalise « Hugo Cabret », même si le film ne m’a pas passionné, il a le mérite d’avoir réalisé un film pour enfants ; le problème dans « Mission to Mars », c’est qu’il n’y a même pas d’enfants pour donner le change (ou donner au film sa coloration réelle).
            De même, l’explication finale du pourquoi-du-comment-la-vie-est-apparue-sur-Terre est franchement embarrassante : Kubrick avait été tellement plus subtile et métaphysique avec son monolithe énigmatique dans « 2001 ».
            En fait, De Palma fait la même erreur que Spielberg dans le final de « Artificial Intelligence » (les deux films ont été réalisés à peu près à la même époque) : il montre l’extra-terrestre !
            Kubrick, dans « Artificial Intelligence » n’aurait jamais fait un truc aussi grossier.
            Après, il y a la scène de la mort de Tim Robbins : je reconnais que toute cette scène-là (à partir du moment où les 4 personnages quittent leur vaisseau endommagé) est une scène extraordinairement bouleversante…. j’ai même rarement vu quelque chose d’aussi cruel, émotionnellement parlant.
            Ce morceau de bravoure justifie à lui seul qu’on regarde le film.
            C’est vraiment très émouvant… presque autant que le plan final de « Phantom of the Paradise » quand Winslow enlève son masque, rampe vers Phoenix, que celle-ci est bouleversée par tout ce qui est en train de se passer… mais juste au moment où Winslow pousse son dernier soupir, elle le reconnaît enfin ! (scène qui donne envie de chialer… ou qui, en tout cas, donne le frisson !).
            Donc, oui, je reconnais que cette scène-là dans « Mission to Mars » est l’une des plus belles et puissantes de toute la filmo de Brian de Palma… mais le reste du film, hélas, n’est vraiment pas à la hauteur.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *