Olivier Père

Cannes 2017 Jour 10 : Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc de Bruno Dumont (Quinzaine des réalisateurs)

Même s’il a été à l’origine produit pour et par la télévision – diffusion prévue sur ARTE à la rentrée – Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc (version cinéma de Jeannette dans un format de projection et un montage différents) figure parmi les plus beaux films montrés à Cannes cette année. C’est une œuvre de création qui pulvérise les frontières entre les disciplines artistiques, le petit et le grand écran, opère un lien puissant entre sacré et profane, trivial et sublime, sans oublier des touches burlesques auxquelles le cinéaste semble désormais attaché. Bruno Dumont s’empare de la figure de la pucelle d’Orléans par l’intermédiaire du texte poétique de Charles Péguy, « Le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc » publié pour la première fois en 1896. Il n’y est pas question de la Jeanne guerrière, martyre ou sainte, mais de la petite fille gardienne de moutons visitée par les saints, sa révélation mystique et l’incrédulité de ses proches. Bruno Dumont relève le défi du tournage d’un film chanté et dansé en plein air par des enfants et adolescents, tous non professionnels et choisis dans les terres du Nord du cinéaste. Il opte pour le son direct qui fait entrer les bruissements du vent, les bêlements des moutons dans de longs plans majestueux. Soit la vie, qui empêche le film de se figer dans un dispositif scénique verrouillée. Le texte de Péguy, respecté à la lettre, retrouve sa puissance incantatoire sous une forme chantée a cappella, avec les hésitations et les maladresses de l’enfance qui ne font que renforcer sa pureté et sa ferveur populaire. Le sens du cadre et la matière sonore du cinéma de Dumont, toujours aussi admirables, accueillent les chorégraphies de Philippe Decouflé et la musique de IGORRR au même titre que les corps juvéniles et les paysages de dunes. Passé l’effet de surprise provoqué par l’injection de danses contemporaines et de rythmes techno dans une époque médiévale stylisée, le résultat est plus sidérant qu’excentrique, et frappe par sa paradoxale harmonie. Tout est grâce dans Jeannette, tout est beauté.

Jeannette, l'enfance de Jeanne d'Arc de Bruno Dumont

Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc de Bruno Dumont

 

 

 

 

Catégories : Actualités · Coproductions

Un commentaire

  1. ballantrae dit :

    Impatience là aussi: B Dumont sait vraiment ce que filmer librement signifie, sans souci de « carrière », porté maintenant par sa fantaisie absolument pas incompatible avec la nécessité impérieuse qui s’imposait avec La vie de Jésus, L’humanité, Flandres, Camille Claudel 1915 ou dans le sublime et terrible Hors Satan.
    Bravo à Arte et à vous d’encourager ainsi B Dumont à nous montrer qu’il peut tout faire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *