Olivier Père

Phantasm de Don Coscarelli

Don Coscarelli fut en 1979 le réalisateur, scénariste, directeur de la photographie et monteur d’un extraordinaire Phantasm, bizarrerie cauchemardesque, bricolée et mal élevée qui préfigurait The Evil Dead et Donnie Darko, nichée au cœur d’un nouvel âge d’or du fantastique américain, investi par la folie et l’audace de jeunes réalisateurs indépendants. Coscarelli alors âgé de 25 ans et déjà auteur complet de deux longs métrages créait avec des moyens de fortune (un petit budget de 300 000 dollars, un tournage échelonné sur plusieurs mois, des effets spéciaux artisanaux mais efficaces) une atmosphère onirique à la fois effrayante et poétique. Phantasm explore les frayeurs de l’enfance avec une imagerie qui permet d’évoquer La Nuit du chasseur, version « E.C. Comics ». Le film adopte principalement le point de vue d’un jeune adolescent orphelin en admiration devant son frère aîné. Phantasm aborde des états émotionnels extrêmes: la peur, le deuil et l’expérience de la mort tels qu’un enfant angoissé par son entrée dans le monde des adultes pourrait les ressentir. Souvent proche de l’écriture automatique le film obéit à la logique des rêves, avec des visions terrifiantes et symboliques, dont une au moins – un doigt coupé au fond d’une boîte qui se transforme en insecte géant – permet d’évoquer Buñuel. Le film est entré dans la légende pour sa sphère d’acier volante dont les lames viennent perforer le crâne d’un malheureux égaré dans les dédales d’un mausolée aux murs de marbre blanc, tandis que « The Tall Man » incarné par Angus Scrimm figure au panthéon des croquemitaines du cinéma d’épouvante moderne. Cinéphile boulimique Don Coscarelli revendique tout un réseau d’influences et de citations : Poe, Lovecraft, La Foire des ténèbres de Ray Bradbury, Invaders from Mars de William Cameron Menzies… Mais le film a surtout inventé sa propre mythologie, capable de nourrir quatre suites.

La dimension ésotérique de Phantasm, ses mondes parallèles et ses monstres tapis sous un paisible décor de bourgade américaine anticipent – en plus potache – l’univers de David Lynch et plus particulièrement sa série Twin Peaks.

phantasm de Don Coscarelli

Phantasm de Don Coscarelli

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Phantasm de Don Coscarelli

 

Phantasm sortira en DVD et combo DVD et blu-ray en édition limitée chez ESC Editions / Sidonis Calysta le 13 juin, dans une magnifique version restaurée. En attendant que les mêmes éditeurs ne proposent bientôt aux fans les plus endurcis les quatre suites du film, réalisées ou supervisées par Coscarelli entre 1988 et 2015.

 

 

 

Catégories : Actualités

3 commentaires

  1. ballantrae dit :

    L’un de ces petits joyaux des 80′ commençantes qui furent moins avares qu’on ne croyait en moments-clés du fantastique et de l’horreur.Il eut été judicieux de s’en tenir à un opus par contre car les suites sont dévitalisées, un peu opportunistes.
    Par contre, la suite de la carrière aura ses -quelques- hauts et- nombreux- très bas: j’avais vu à l’époque en salle Dar l’invincible , pénible resucée de Conan le Barbare aux accents bis même pas réjouissants.

  2. Guillaume dit :

    « Phantasm » film singulier, assez unique, à l’atmosphère nocturne et à la musique entêtantes.
    Très touchant également par les thèmes qu’il aborde et ses personnages attachants qu’on retrouvera dans des suites forcément inégales. « Dar l’invincible » et « Survival quest » sont bien moins personnels, le premier (le seul gros budget de Coscarelli!?) se regarde sans déplaisir surtout pour la photo de John « Kubrick » Alcott, une imagerie macabre par moments héritée de « Phantasm » et…Tanya Roberts! Les deux autres petits bijoux de Coscarelli sont « Bubba ho tep » et « Kenny & company », où on retrouve des acteurs de la série des « Phantasm ». J’aimerais beaucoup voir son premier film « Jim the world’s greatest »…à quand une sortie en Blu Ray/Dvd?

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