Olivier Père

Snow Therapy de Ruben Östlund

Snow Therapy est le titre français (!) du film suédois Force majeure (titre original !) réalisé par Ruben Östlund en 2014. ARTE le diffuse lundi 29 mai à 20h55. Il sera également disponible en télévision de rattrapage pendant sept jours sur ARTE+7. Entre l’expérience de laboratoire et le drame psychologique, Snow Therapy part d’un événement inattendu qui va soudainement faire tomber le masque social et révéler les failles de l’homme moderne. Une avalanche s’approche de trop près d’une terrasse de restaurant dans une station de ski et provoque la fuite momentanée d’un père de famille qui abandonne sa femme et ses deux enfants dans un mouvement de panique. L’incident aura de lourdes conséquences sur la suite des vacances de cette famille suédoise modèle, traumatisée par la réaction imprévue du père. Le couple va opter pour une forme de thérapie sauvage. Le film de Ruben Östlund est à la fois un précis de sociologie et une étude comportementale. Le cinéaste s’interroge sur l’instinct de survie et les réactions humaines dans des situations de stress. Il ne s’agit pas de désigner le personnage masculin comme un lâche ou un mauvais père, mais d’exposer les points de rupture qui renvoient un homme civilisé à un comportement animal, avec de purs réflexes de peur et de repli. Snow Therapy fait éclater le vernis des conventions sociales et familiales et entreprend de montrer notre véritable nature, étouffée par un mode de vie confortable et policée. Ce n’est pas un hasard si le cinéaste situe son film dans le cadre d’une station de ski moderne. Les éléments naturels grandioses et dangereux y ont été domestiqués par l’homme qui restitue en pleine montagne un cocon luxueux et protecteur, où la technologie est au service de touristes aisés venus de l’Europe entière. La parcelle de risque qui demeure – avalanche, brouillard, altitude – est l’étincelle qui peut faire disjoncter le parfait édifice d’un environnement de loisirs et de plaisirs. Sous le sérieux presque scientifique de sa démonstration, Ruben Östlund laisse percer de nombreuses pointes d’ironie et d’humour noir. Ses personnages ne sont pas seulement des cobayes livrés à des expériences cruelles. Le cinéaste les filme à une certaine distance, souvent avec frontalité, mais sans le regard d’indifférence ou de mépris qui guette les entomologistes devant leur sujet d’étude. Östlund cite Buñuel comme sa principale référence, et il y a quelque chose du « charme discret de la bourgeoisie » dans cette description de rituels et d’espaces sociaux en proie au dérèglement. La beauté glaciale de sa mise en scène, qui tire profit de l’architecture hôtelière de la station de ski, et la qualité globale de l’interprétation font de Snow Therapy, au-delà de l’originalité de son propos, une formidable réussite cinématographique.

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Snow Therapy de Ruben Ostlund

 

 

 

Catégories : Coproductions · Sur ARTE

5 commentaires

  1. Françoise Cariou dit :

    top

  2. AG dit :

    Bien réussie la mise en lumière des failles humaines dans un monde où les montrer semble dangereux!
    Un film simple, qui dénonce la lâcheté de devenir soi même.

  3. Java58 dit :

    Huis clos angoissant pour une interrogation commune et à partager. Quelles sont nos limites, la peur peut-elle nous faire perdre nos moyens au point de nous révéler un manque de sentiment, d’attachement… Sommes-nous capables d’intervenir en cas de danger immédiat, pour soi, pour les autres.

  4. Pascal Hanrion dit :

    Bonjour,
    film splendide et respectueux, à l’approche discrète d’une autre question fondamentale: « comment auriez-vous réagi vous-même »? Et bien, je n’ai pas la réponse. Une partie de ma raison me dit que « oui, évidemment, tu aurais sauté sur ta femme et tes enfants pour les protéger »; l’autre partie se projette dans la perspective du contraire, ce qui réveille avec violence mon corps de culpabilité qui ne veut pas y croire. Et puis il y a les tripes, fixées, là, tout au fond, incontrolables, qui ne parlent évidemment pas mais qui gesticulent, qui font des signes qui pourraient dire: « tu ne te connais vraiment pas mon gars!… ». Alors, un cinéma qui renvoit au fond de soi-même avec tant de force et tant de justesse ne peut être qu’un grand cinema. Merci Monsieur ÖSTLUND.

  5. Benoist Fournier dit :

    Ils ont tourné aux arcs 2000 en Savoie il y a une plaque de leur passage au sommet de l’aiguille rouge 3226m…

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