Olivier Père

Si j’étais le patron de Richard Pottier

Si j’étais le patron (1934) est une comédie sociale légère qui affiche sa sympathie pour les travailleurs et se moque gentiment mais fermement des cadres et des directeurs d’usines, présentés comme des incompétents, des imbéciles ou des malhonnêtes. Le film annonce l’esprit du Front populaire dans une période marquée par de graves troubles politiques et économiques qui agitent la société française. Dans le climat sombre de l’année 1934 marquée par les affaires et le chômage, Si j’étais le patron est un appel à l’optimisme et à la bonne humeur.

Pendant ses heures libres, Henri Janvier, un ouvrier, travaille à une invention révolutionnaire : un appareil qui rend les moteurs de véhicules absolument silencieux. « Mon silencieux va faire du bruit » déclare-t-il enthousiaste à sa logeuse qui se plaint du vacarme provoqué par ses expériences.

Alors qu’il tente de faire connaître à la direction de son usine le fruit de ses recherches, il est soupçonné d’être un meneur à la suite d’un quiproquo et licencié. Un autre quiproquo lui permet de sympathiser avec le principal actionnaire de l’usine, l’ivresse aidant lors d’une fête ouvrière, sans que ce dernier ne lui révèle son identité. L’actionnaire est un riche excentrique qui méprise le directeur de l’usine, un incapable qui a conduit l’entreprise au bord de la faillite. Il décide de confier à Henri la direction de l’usine…

Si j’étais le patron est le premier long métrage de Richard Pottier, de son vrai nom Ernst Deutsch, cinéaste né en Autriche-Hongrie au début du siècle mais a fait toute sa carrière de réalisateur en France. Pottier a dirigé les grandes vedettes Fernandel, Tino Rossi, Luis Mariano ou Martine Carol dans des succès populaires des années 30, 40 et 50. On lui doit aussi des titres étonnants à redécouvrir et quelques réussites dans le registre de la comédie, surtout dans les prémices de sa filmographie. En témoigne Si j’étais le patron, qui sera suivi par Un oiseau rare et Fanfare d’amour – qui inspirera Certains l’aiment chaud de Billy Wilder.

Max Dearly et Fernand Gravey

Si j’étais le patron est l’un des premiers scénarios auquel participa Jacques Prévert, qui signe également les dialogues du film. On y retrouve son humour poétique et ses jeux de mots. Le film de Pottier possède les qualités de rythme et de fantaisie des meilleures comédies tricolores des années 30. Si j’étais le patron montre la division de la société française et du monde du travail – classe dirigeante contre classe ouvrière, l’argent contre le travail. Le film ouvre la possibilité d’une fraction de la barrière sociale avec la rencontre et l’union de l’intelligence, de l’imagination et de l’audace, toutes classes confondues, contre la bêtise et les préjugés. Le film de Pottier propose un programme utopique à tous les hommes de bonne volonté ainsi qu’un remède à la morosité.

Comme tout le cinéma français de cette décennie, le film doit beaucoup à sa distribution. Des acteurs survoltés, vedettes ou seconds couteaux, donnent vie à une galerie de silhouettes amusantes ou ridicules, séduisantes ou grotesques. Fernand Gravey interprète le dynamique Henri Janvier, et Mireille Balin la belle secrétaire de direction dont il est amoureux. Dans le rôle de l’actionnaire farfelu Maubert, Max Dearly, fameux comédien de vaudevilles et de revues reconverti dans le cinéma, est irrésistible.

 

Si j’étais le patron est édité en DVD (version restaurée) par Lobster Films.

 

 

 

 

 

 

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