Olivier Père

L’Homme sans passé de Aki Kaurismäki

A l’occasion de la sortie en salle de L’Autre Côté de l’espoir, annoncé comme son dernier long métrage, ARTE rend hommage à Aki Kaurismäki en trois films : L’Homme sans passé, Le Havre et Ariel, qui seront également disponibles en télévision de rattrapage sur ARTE Cinéma.

L’Homme sans passé (Mies vailla menneisyyttä, 2002) est diffusé mercredi 22 mars à 20h55. On ne saurait réduire le travail de Kaurismäki à un petit commerce postmoderne où se mêlerait folklore prolétaire, musique rock et soul des années 50, citations cinéphiliques et dandysme éthylique. Sous sa modestie de façade et son autodérision, Aki Kaurismäki est un styliste capable de signer avec une formidable économie de moyens, en noir et blanc ou en couleur, des films à l’impressionnante beauté plastique. Le soin maniaque apporté à la lumière, la rigueur de chaque plan, la précision et la subtilité des dialogues contredisent la désinvolture apparente du cinéaste et sa réputation de farceur. Kaurismäki vénère le cinéma muet, Chaplin, Ozu, Bresson, Dreyer, De Sica, Melville… Cela se voit dans ses films, porteurs d’un humanisme sincère et d’une croyance fervente dans la mise en scène. Kaurismäki peut rendre hommage à ses maîtres au détour d’un plan, mais il ne sombre jamais dans le pastiche. Les références au cinéma américain des années 50 abondent dans L’Homme sans passé : mélodrames en technicolor de Douglas Sirk, séries B de science-fiction, films noir hollywoodiens – un mouvement en caméra subjective, inattendu chez un auteur adepte du plan fixe, rappelle le début des Passagers de la nuit de Delmer Daves. Elles n’étouffent pas le film mais permettent au contraire à l’inspiration de Kaurismäki, brillant cadreur et coloriste, de se déployer.

L’Homme sans passé compte parmi les grands succès critique et public de Kaurismäki. Le film fut acclamé au Festival de Cannes où il obtint le Grand Prix et le prix d’interprétation féminine pour son actrice fétiche, la toujours formidable Kati Outinen. Pour Kaurismäki, cinéaste nostalgique par excellence, être frappé d’amnésie comme son personnage principal, dévalisé et agressé par des voyous à son arrivée à Helsinki, est sans doute la pire malédiction qui puisse arriver à un homme. Déclaré mort à l’hôpital, l’homme sans nom se dresse sur son lit et prend la poudre d’escampette, le visage bandé comme une momie ou la créature de Frankenstein. Renaître sans mémoire ni identité, c’est aussi l’occasion de découvrir le monde avec un regard neuf et repartir à zéro, dans les marges de la société. L’homme va se créer une nouvelle famille parmi les mendiants de la ville, et trouver l’âme soeur en la personne d’une soldate de l’Armée du Salut. Après un début très sombre, L’Homme sans passé est finalement l’un des films les plus optimistes et idéalistes de Kaurismäki, sur le thème de la solidarité de classe et de l’entraide, où l’espoir et l’amour finissent par triompher.

Markku Peltola et Kati Outinen © Network Movie Kšln Foto: ZDF Honorarfreie Verwendung nur im Zusammenhang mit genannter Sendung und bei folgender Nennung "Bild: Sendeanstalt/Copyright". Andere Verwendungen nur nach vorheriger Absprache: ARTE-Bildredaktion, Silke Wšlk Tel.: +33 3 881 422 25, E-Mail: bildredaktion@arte.tv

Markku Peltola et Kati Outinen dans L’Homme sans passé
© Network Movie Kšln

(Markku Peltola, li.) und Nieminen (Juhani NiemelŠ, re.) © Network Movie Kšln Foto: ZDF Honorarfreie Verwendung nur im Zusammenhang mit genannter Sendung und bei folgender Nennung "Bild: Sendeanstalt/Copyright". Andere Verwendungen nur nach vorheriger Absprache: ARTE-Bildredaktion, Silke Wšlk Tel.: +33 3 881 422 25, E-Mail: bildredaktion@arte.tv

Markku Peltola et Juhani NiemelŠ dans L’Homme sans passé
© Network Movie Kšln

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2 commentaires

  1. ballantrae dit :

    Je suis tout triste d’apprendre qu’ AK (deux initiales décidément précieuses au cinéma puisqu’ Aki Kaurismaki les partage avec Kiarostami et Kurosawa) aurait décidé d’arrêter le cinéma.
    Bien sûr, faire de ce cinéma un simple maniérisme postmoderne est erroné compte tenu de la précision absolue de son découpage, la beauté de chaque plan ouvragé comme petit monde en soi tout en s’intégrant dans une fluidité narrative qu’on sent héritée du muet ( d’alleurs AK fit un bel hommage au muet Juha avant les paris plus tardifs de Gomes, Hazanavicius ou P Berger) ou de Bresson.
    Les Cahiers notamment ont perdu de vue l’essence du cinéma de Kaurismaki après l’avoir célébré avec justesse.La critique rapide et de mauvaise foi ( de mémoire, le film devenait poujadiste et moisi sous leur plume ) de Le Havre m’avait particulièrement choqué.
    Les trois films que vous diffusez sont très beaux et je ne peux qu’inciter les spectateurs à les découvrir y compris le road movie Ariel d’un format très inhabituel où l’émotion point in fine de manière assez sidérante.
    Emotion et beauté chez AK mais aussi drôlerie liée à un décalage qui ne nous fait pas moquer les personnages mais rire de l’ironie de la vie, de la bizarrerie du quotidien.
    Parmi les cinéastes des 80′, l’une des signatures les plus reconnaissables aux côtés d’Almodovar, J et E Coen ou Jarmusch.
    Un grand! Il me tarde de découvrir le dernier né.

    • olivierpere dit :

      Il est l’un des grands cinéastes apparus dans les années 80 en effet. Contrairement aux deux autres AK il est vivant donc il peut encore changer d’avis, du moins je l’espère. Je m’apprête à aller voir son nouveau film.

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