Olivier Père

Seventh Code de Kiyoshi Kurosawa

Version Originale / Condor distribue en salles aujourd’hui mercredi 8 mars le nouveau film de Kiyoshi Kurosawa Le Secret de la chambre noire et vient également d’éditer un volumineux coffret réunissant 10 DVD et neuf titres parmi les meilleurs du cinéaste japonais. Cette sélection se concentre sur les titres apparentés au thriller ou au fantastique réalisés par Kurosawa entre 1997 (Cure) et 2015 (Vers l’autre rive). Elle vient rappeler la diversité de l’inspiration de Kurosawa malgré sa fidélité aux histoires de fantômes. Loin de reproduire les recettes et poncifs associés au genre Kurosawa a inventé une forme inédite d’horreur moderne, où la solitude, la mélancolie et l’effroi naissent des nouvelles habitudes sociales et du rapport à la technologie. Au sein d’une œuvre protéiforme qui accueille aussi bien des films produits pour la télévision que le grand écran, le V-cinéma (DTV) et même une minisérie aux allures de chef-d’œuvre (Shokuzai), Kurosawa n’a jamais cessé de minorer son statut d’auteur en acceptant des commandes commerciales, immanquablement transfigurées par son art de la mise en scène, à la manière des cinéastes hollywoodiens qu’il admire (Richard Fleischer, Don Siegel).

dans Seventh Code de Kiyoshi Kurosawa

Atsuko Maeda dans Seventh Code de Kiyoshi Kurosawa

Un inédit présent dans ce coffret contredit l’idée selon laquelle Le Secret de la chambre noire constitue la première incursion cinématographique de K.K. en dehors du Japon. Seventh Code (Sebunsu kôdo, 2013) a été tourné à Vladivostok, ville portuaire à l’extrême orient de la Russie, près de la frontière avec la Chine et la Corée du Nord. La distribution reste essentiellement japonaise et on y parle la langue d’Ozu, saupoudrée d’un peu de russe, à la différence de l’immersion complète dans la banlieue parisienne que propose le dernier opus en date du maître. Il n’empêche que Seventh Code est lui aussi un objet étrange, jusque dans sa durée inhabituelle : un heure, à la manière des série B américaine de première partie de programme, ou un épisode de sérial. Seventh Code a tout du sérial postmoderne. Un jeune Japonaise court après un séduisant homme d’affaires avec qui elle a passé une soirée inoubliable (pour elle, pas pour lui) à Tokyo et finit par le retrouver dans les rues de Vladivostok. C’est le début pour notre Pearl White nippone d’aventures et de rencontres rocambolesques au pays des ex Soviets. Elle est enlevée par des mafieux locaux, puis recueillie par un restaurateur japonais et une serveuse chinoise installés dans l’Eldorado russe, bien décidés à faire fortune, le premier frappé par la poisse, la seconde mue par un arrivisme à toute épreuve. Kurosawa filme des personnages déracinés, étrangers dans une ville inhospitalière, entre errance et stagnation. La fiction existentialiste sur l’exil et les mouvements migratoires croise le roman d’espionnage et la version féminine de Jason Bourne. Ce film d’une heure se révèle riche en surprises et retournements de situations. Le caractère hybride du projet culmine avec l’insertion inopinée d’une vidéo musicale dans lequel l’actrice Atsuko Maeda pousse la chansonnette, juste avant une conclusion explosive avec un sublime plan final qui cite En quatrième vitesse de Robert Aldrich. Ce passage J-pop incongru figurait sans doute dans le cahier des charges d’une commande promotionnelle à la gloire de la starlette, comme si un grand petit film s’était anormalement développé autour d’un simple clip. Kurosawa dialogue plus que jamais avec Lynch dans ce thriller expérimental, curiosité certes mineure mais dont les idées de mise en scène et les circonvolutions du récit ne cessent de nous émerveiller.

 

 

 

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